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une-45.jpgTout a commencé par une rencontre fortuite entre Youssou Diop et Samba Guèye. Tous deux sont Sénégalais et résident à Nouakchott. Il est impossible de savoir ce qui les a presqu’immédiatement accrochés l’un à l’autre. Toujours est-il qu’après un premier et bref contact au terme duquel ils avaient échangé leurs coordonnées en se promettant de garder le contact, ils se sont effectivement téléphoné, se sont rencontré à nouveau et ont définitivement sympathisé. Au point de devenir des amis inséparables et qui se confiaient tout.

Un beau jour, Youssou, qui travaillait au centre culturel français Antoine de Saint – Exupéry de Nouakchott, fit miroiter à Samba ce qui ressemblait à une incroyable aubaine. Selon lui, un citoyen français, promoteur de spectacles, se proposait d’emmener très bientôt un orchestre mauritanien en France. Le promoteur s’était vu autorisé à faire partir 25 personnes. Mais le groupe mauritanien – musiciens et accompagnateurs compris – ne comportait que 15 membres. Ne voulant pas gâcher le quota restant de visas, le Français aurait demandé à Youssou de lui trouver une dizaine d’autres personnes désireuses de se rendre en Europe.

Samba Guèye, tailleur de son état, installé au quartier Sebkha n’hésita pas à dire qu’il était partant. Il rêvait en effet d’une vie autre que celle qu’il menait en Mauritanie. Son ami lui fit comprendre que pour obtenir le visa, chaque candidat au voyage devait posséder la somme de 1.000 euros (665.000 CFA) pour les frais de transport, le passeport et le montant de 22.000 UM (ouguiyas mauritaniens) soit 44.000 Francs comme argent de poche. Samba se fit fort de trouver d’autres prétendants au visa. Il toucha d’abord de proches relations à lui, trois Sénégalais (Mor Talla Fall, Ami Ciss, Djibi Samb) et un Mauritanien Babacar Dramé. Celles-ci s’activèrent à leur tour et trouvèrent le complément nécessaire de candidats pour ce départ « légal » à l’immigration par la voie « musicale ».

Neuf grandes enveloppes

Lorsque le contingent fut au complet, Samba en informa leur bienfaiteur commun Youssou Diop. Ce dernier rencontra les candidats au voyage et pour les impressionner définitivement, il leur expliqua qu’il voulait faire les choses de la manière la plus organisée et la plus rigoureuse possible. Il demanda donc aux candidats de se choisir « un porte-parole » qui serait son interlocuteur, concentrerait les informations et assurerait la coordination dans le groupe. Le choix des candidats se porta sur Djiby Samb. Ce détail réglé, Youssou distribua à ses clients de grandes enveloppes. Chacun devait y mettre son passeport et les sommes réclamées pour les dossiers (1.000 euros et 22.000 UM).

Youssou demanda à ses interlocuteurs de garder un silence absolu sur la filière qu’ils allaient emprunter et leur conseilla de veiller jalousement sur leurs enveloppes jusqu’au rendez-vous avec lui qu’il fixa pour le lendemain matin devant l’ambassade de France. Le promoteur serait là, indiqua-t-il, pour récupérer les enveloppes et leurs contenus afin de s’occuper des formalités du voyage.

une-44.jpgLes neuf personnes, avec leurs enveloppes serrées contre elles, furent au rendez-vous bien avant l’heure indiquée. Pas de promoteur en vue. Mais à un moment donné, les candidats virent arriver Youssou. Ce dernier se trouvait sur le territoire de l’ambassade de France dont il ne sortit pas. S’arrêtant au niveau des grilles du service des visas, il ordonna au porte-parole de collecter toutes les enveloppes et de les lui remettre. Youssou récupéra ainsi la somme de 9.000 euros (environ 5.900.000 francs CFA) et 198.000 UM (396.000 francs CFA), puis s’éloigna sans donner d’autres informations.

Les candidats au voyage, pas inquiets pour un sou, l’attendirent jusqu’aux environs de 12 heures, avant de se rendre compte qu’ils venaient de se faire rouler comme de parfaits naïfs. N’ayant reçu aucune suite au « dépôt » des dossiers, une partie du groupe alla porter l’affaire au commissariat 1 de Sebkha. Les quatre personnes qui ont aidé Samba à trouver les candidats furent arrêtées et entendues. Mais aucune d’elles ne put fournir d’informations sur le cerveau de l’affaire, Youssou Diop, qui est jusqu’ici introuvable. Cela n’a pas empêché que ceux qui sont considérés comme des rabatteurs ont été déférés devant le parquet.

Le procureur a lancé un mandat d’arrêt contre Youssou Diop et a placé sous contrôle judiciaire Samba Guèye, Babacar Dramé et Ami Ciss pour une période de trois mois. Ce qui les oblige à se présenter tous les lundi et jeudi au tribunal pour signifier leur présence à Nouakchott. Eux qui pensaient avoir largué les amarres avec la Mauritanie sont encore plus qu’avant fixés dans ce pays.

L’Observateur de Dakar

14 juillet 2008