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67 Maliens refoulés des îles Canaries sont arrivés samedi dernier à l’aéroport de Sénou


En toute défiance des risques qu’ils prennent pour rallier les Îles Canaries par la mer, nombreux sont les jeunes Maliens qui tentent encore l’aventure. Soixante sept refoulés d’Espagne sont arrivés, le samedi 5 juillet, à l’Aéroport de Sénou.

Un groupe de soixante sept refoulés d’Espagne est arrivé aux environs de une heure du matin samedi 5 juillet par le vol Air Europa affrété par les autorités espagnoles. D’autres vols charters sont attendus dans les prochains jours.

L’un des refoulés, Souleymane Diarra, originaire de Kita, raconte qu’il a mis une quarantaine de jours depuis son départ de Bamako en passant par Nouadhibou avant de rallier les Îles canaries.

«Dieu merci, car mes compagnons de voyage et moi avions traversé la mer sans anicroche jusqu’aux côtes des Îles Canaries. La marine espagnole nous a ensuite conduits dans les bureaux de la Croix Rouge où nous avons eu droit aux soins médicaux avant d’être transférés dans un centre de détention à Ténérifé».

A entendre, Souleymane Diarra, le voyage n’était pas du tout une promenade de santé. Car, les quatre vingt passagers de la pirogue ont dû endurer le mal de mer. Plu grave, pendant les derniers jours de voyage, ils manquaient déjà de tout : les réserves en eau potable étaient déjà épuisées alors qu’il n’y avait plus rien à manger.

Souleymane Diarra déclare qu’il a travaillé dur pendant trois ans dans un projet et qu’il a pu économiser environ un million de FCFA.

A la fin du projet, il a donc décidé d’aller faire fortune en Espagne. «Aujourd’hui, je suis là à regretter tout cet argent perdu sans oublier le risque que j’ai pris de rallier les côtes espagnoles par la mer», s’est-il lamenté.

Toumani Diakité est originaire de Sikasso. Il déclare : «j’ai tenté l’aventure puisque je n’avais pas de travail au Mali. Je suis parti en Algérie pour me débrouiller. Quand j’ai eu un peu d’argent, j’ai décidé d’aller en Espagne. Malheureusement, on nous a raflés pour nous refouler».

Les refoulés sont, toutefois, unanimes sur un point, ils ont été très bien traités par les autorités espagnoles et la Croix Rouge.

Selon leurs déclarations, ils seraient au nombre de 610 émigrants clandestins détenus à Ténérifé, qui attendent leur tour de refoulement. Il s’agit des Maliens, des Ivoiriens, des Sénégalais, des Guinéens, des Nigérians, des Camerounais et des Ghanéens.

Malheureusement, la vaste campagne de sensibilisation contre la migration irrégulière, lancée en grande pompe, le 20 juin, par l’Organisation Internationale pour les Migrations, l’Union européenne et le ministère des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration Africaine est, malheureusement, passée à côté. Dans la salle, il n’y avait que des enfants dont la fourchette d’âge varie entre neuf et quinze ans.

Les parents et les jeunes Maliens n’ont pas été associés. Plus grave, la presse qui s’occupe de l’émigration clandestine a été complètement écartée.

A quoi aura donc servi tous les millions engloutis pour le lancement officiel de la campagne d’information et de sensibilisation sur les risques de la migration irrégulière ?

L’Indépendant

Pierre Fo’o MEDJO

07 Juillet 2008