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clandos.jpgL’émigration est un sujet important chez nous au regard de ce qu’elle représente dans notre société.

C’est pourquoi l’Association malienne des expulsés (AME) vient d’organiser à la Maison des jeunes une journée de réflexion dont le thème centré sur l’émigration, était : « Quelles réalités et quelles perspectives ? ».

D’éminents juristes et universitaires ont pris part aux débats qui ont porté sur plusieurs sujets comme « l’immigration clandestine : quelles alternatives face aux drames vécus dans le désert et sur la mer« , « droits des migrants : cas des refoulés africains laissés aux frontières sud externalisées de l’Europe« , « l’approche du codéveloppement ou sensibilisation : quelles stratégies ici et là-bas ou démystification du mieux-être ailleurs« .

« Nous avons voulu cette rencontre pour échanger sur la question cruciale qu’est l’immigration clandestine. Notre démarche n’est pas de dénoncer mais plutôt de réfléchir ensemble sur les voies et moyens pouvant aboutir à une compréhension du débat autour de l’immigration« , a expliqué d’entrée de jeu Mahamadou Keita, le secrétaire général de l’AME.

Aujourd’hui, a indiqué de son côté Ousmane Diarra, le président de l’association, la question de l’immigration clandestine est plus que complexe. « Qui est immigré régulier ? Qui ne l’est pas ? Quand est-ce qu’on est considéré comme expulsé ou migrant ? Toutes ses questions méritent réflexion. D’où l’organisation de cette rencontre« , a-t-il expliqué.

A travers cette journée, l’AME désirait amener l’opinion nationale et internationale à une prise de conscience sur la situation réelle de nos compatriotes qui choisissent l’exil à la recherche du bien-être.

clandos1.jpgPremier conférencier à disséquer le vaste sujet, Alassane Dicko présentera un tableau sombre du vécu des candidats à l’aventure, installés dans le désert de Tinzawaten à la frontière algérienne. « Là-bas, c’est l’horreur. Nous avons effectué une mission sur le terrain qui nous a dessillé les yeux. Nous avons vu des hommes et des femmes efflanqués vivant dans des conditions horribles en plein désert sous le soleil. Demander de l’eau à Tinzawaten équivaut à vouloir la mort à qui on fait la demande« , a-t-il raconté.

Cette situation, a indiqué de son côté Me Cheickné Mangara, constitue une atteinte aux droits humains. Le fait de laisser une personne sans assistance est une violation des droits élémentaires de l’être humain, s’est-il indigné. Que peut-on alors faire pour ces « laissés pour compte » ? Il n’y a malheureusement pas de spécificité sur ce plan pour les expulsés, a-t-il répondu, ajoutant cependant que des voies de recours existent pour réparer un tort commis dans ce sens en faisant appel soit à la cour de justice de l’Union africaine, soit à la cour de l’ONU. Mais dans ce cas, les procédures exigent que le plaignant fasse d’abord appel à la justice de son pays d’accueil, a-t-il expliqué.

Le problème de l’immigration clandestine ne saurait trouver une solution sans que l’on intègre l’aspect codéveloppement, a estimé Sékou Diarra pour qui, il faut plus pour retenir les jeunes dans nos pays où la paupérisation gagne chaque jour un peu plus de terrain. Le conférencier fustige également le comportement des parents et autres proches des candidats à l’immigration clandestine. « Nos jeunes partent parce qu’ils ne se sentent pas bien dans leur milieu. L’on pense toujours à encourager son enfant croyant qu’il reviendra avec le million. Cela se termine le plus souvent par les drames que l’on connaît à Ceuta et Melilla sur les côtes espagnoles« , a-t-il mis en garde.

L’Essor

12 juillet 2007.