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«On a plus de révolte que de haine… On n’est pas des chiens, mais on réagit comme des animaux» ! Cette confession faite à nos confrères de «Le Monde» par des jeunes de la banlieue parisienne traduit tout leur désespoir.

Ils reconnaissent d’ailleurs manquer de mots pour exprimer ce qu’ils ressentent réellement. Mais, les flammes en disent plus que la parole qui ne cesse de tomber dans des oreilles sourdes.

Ainsi, depuis le 27 octobre dernier à Clichy-sous-Bois (suite à la mort de deux adolescents électrocutés dans un centre de transformation d’EDF où ils s’étaient réfugiés pour fuir des policiers)…, les quartiers s’embrasent.

Des voitures, des bus, des écoles, des gymnases, des commerces, des pharmacies… sont «cramés» (brûlés) pour manifester leur ras le bol, pour contrarier Nicolas Sarkozy qui pense que c’est en «nettoyant les quartiers difficiles de leur racaille» que la France va réussir à soigner sa fracture sociale.

Parce que les raisons de la colère des jeunes français sont connues de tous. Il s’agit en effet du chômage, de l’inégalité des chances, du racisme, de l’échec scolaire et de toutes les autres formes de discrimination.

Autant de raisons suffisantes pour en découdre avec «Sarko» qui les traite de «racaille» et de «voyous». «Sarko doit démissionner. Tant qu’il ne s’excusera pas, on continuera», avaient prévenus les jeunes, majoritairement issus de l’immigration.

L’huile sur le feu

Partisan de la répression, Sarkozy continue de jeter l’huile sur le feu par des propos provocateurs voire incendiaires. Le ministre de l’Intérieur a de nouveau dénoncé, jeudi dernier, les «voyous et la racaille» responsables de l’insécurité dans les quartiers sensibles, se défendant de tout amalgame avec les jeunes.

«Ceux qui ont tiré à balles réelles à hauteur de tête sur les forces de l’ordre, ceux qui ont brûlé le bus où il y avait cette handicapée de 56 ans, (…) ceux qui ont caillassé un bus pour mettre à l’hôpital un gosse de 18 mois… Quand je dis ce sont des voyous ou des racailles, je persiste et je signe, et en aucun cas dans mon esprit, ça veut dire tous les jeunes», a-t-il déclaré dans une émission de la chaîne publique France 2.

Il faisait ainsi référence à des incidents survenus ces deux dernières semaines dans les quartiers sensibles, où 3.000 personnes ont selon lui été interpellées.

«Quand j’ai parlé de racaille, on a compris que j’étais déterminé à débarrasser nos quartiers de minorités qui rendent la vie impossible à la majorité», a-t-il tenté de ressaisir par la suite en reprenant des expressions qui lui ont été beaucoup reprochées ces dernières semaines.
Des arguments fallacieux

Loin de faire amende honorable en reconnaissant l’échec du modèle d’intégration français, Nicolas Sarkozy s’accroche à des prétextes, à des arguments fallacieux et tendancieux pour justifier sa politique d’immigration.

Il a ainsi récemment évoqué le «problème considérable» de l’intégrisme dans les cités. «Les gens qui appellent à la violence et au meurtre sont aussi coupables que ceux qui la pratiquent», dit-il.

Il a aussi déploré que certains jeunes d’origine étrangère soient moins bien intégrés que leurs parents. Pour ce fils d’immigrés hongrois, «il y a plus de problème pour un enfant d’un immigré d’Afrique noire ou d’Afrique du Nord que pour un fils de Suédois, de Danois ou de Hongrois. Parce que la culture, parce que la polygamie, parce que les origines sociales font qu’il a plus de difficultés».

Heureusement qu’il y a encore des gens lucides dans la classe politique française. Ainsi, le socialiste Julien Dray n’a pas manqué de rétorquer à Sarko que, «je ne voudrais pas que, dans cette crise, encore une fois, l’immigré devienne le responsable de toutes les situations».

Il ajoute que «la responsabilité est d’abord et avant tout une crise sociale majeure qui a parqué les populations». En effet, la crise actuelle consacre l’échec de la politique sociale de la Droite française.

«Dix ans après l’entrée de Chirac à l’Elysée, la fracture sociale s’est à ce point élargie que cohabitent aux portes des grandes villes deux mondes : l’un ghettoïsé tenté pas l’autodestruction, l’autre effrayé qui peine à réaliser l’ampleur de la rupture», soulignent nos confrères de «Libération».

Pour eux, «le règne chiraquien est une farce tragique. Personne ne se réjouira de son bilan dramatique». Tout comme il est évident que «face au rouleau compresseur du chômage de masse, aucune démagogie ne résiste».

Echec et mat pour Chirac

Ce qui est étonnant, c’est que la France en soit arrivé là alors que Chirac se promettait (en 2002) d’éradiquer l’insécurité et la fracture sociale.

Mais, déjà en 1995 (10 juillet) le même homme (alors maire de Paris et candidat aux présidentielles) s’était livré à un éloquent réquisitoire contre le développement de la pauvreté, de l’exclusion, du chômage, du délabrement des banlieues.

«Dans les banlieues déshéritées règne une terreur molle. Quand trop de jeunes ne voient poindre que le chômage ou des petits stages au terme d’études incertaines, ils finissent par se révolter…», avait alors diagnostiqué le futur successeur de François Mitterrand.

Et comme remède pour guérir «cette France blessée, qui paie par le chômage et l’exclusion la facture de nos conservatismes», l’opposant avait prescrit de donner à «chaque français sa place et sa chance dans la société, de mettre les forces vives de la nation au service de l’emploi, de bâtir de véritables solidarités… ».

Dix ans après que reste-t-il de cette volonté ? Rien ! Le diagnostic demeure toujours posé.

Crise de confiance

Les jeunes ne peuvent donc plus avoir confiance aux promesses du Premier ministre, Dominique de Villepin, et de son ministre de l’Intérieur qui veut promouvoir «une discrimination positive» en faveur des jeunes des banlieues.

Par contre, il souhaite l’expulsion de tous les étrangers condamnés pour avoir participé aux violences de ces dernières semaines. Même ceux qui sont en situation régulière par la détention d’un titre de séjour.

Parce que pour Sarko, être «Français était une question de droits et de devoirs». Et il précise, «si vous voulez avoir les droits des Français, vous devez en accepter les devoirs. Il faut arrêter de croire qu’on peut aider tout le monde, y compris ceux qui ne sont pas décidés à s’en sortir par eux-mêmes».

Ce qui laisse la porte ouverte à toutes les exactions, aux contrôles de faciès. Une opportunité de se débarrasser des immigrés qu’il ne veut jamais sentir sur le sol français.

Nous n’étions donc pas surpris de retrouver à bord du vol AF 796 d’Air France du 8 novembre 2005 trois jeunes «clandestins» menottés et expulsés vers leur bercail.

Pour les témoins impuissants de cette scène, Philippe Douste-Blazy (ministre français des Affaires étrangères) paraît comme le parfait démagogue en soutenant publiquement que «la France n’est pas un pays dangereux, ni raciste».

C’est donc quoi alors le racisme Monsieur Douste-Blazy ?

Moussa Bolly

16 novembre 2005.