Partager

L’embargo diplomatique et économique décrété contre notre pays par la Cédéao, qui prend effet à compter de ce lundi, si la junte ne se plie pas aux recommandations du sommet d’Abidjan du mardi 27 mars, plonge l’économie malienne dans un marasme sans précédent.

L’économie malienne, tributaire de la crise internationale, de la mauvaise saison hivernale de l’année dernière est déjà chancelante. En plus, cette économie de marché est fortement dépendante des pays de la sous-région ayant un débouché sur la mer. Les espaces économiques et politiques que sont l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa) et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) dont notre pays est membre font qu’aucun des Etats membres ne peut vivre en vase clos.

Une mission du Conseil malien des chargeurs (CMC) est partie dans les différents ports pour faire une évaluation du stock de marchandises maliennes. Mais pour le président du CMC, Ousmane Babalaye Daou que nous avons joint, la question n’est pas de savoir la quantité du fret malien, mais c’est plutôt de savoir comment l’acheminer à partir du moment où les frontières terrestres seront fermées et qu’il n’est pas question de les acheminer par avion.

« La solution est plus économique que politique », dit M. Daou. Il ajoute qu’il n’a pas à son niveau les moyens de donner du lait, du riz, de l’huile aux Maliens sans l’arrivée du fret. En tant que citoyen tout court, le président du CMC pense que si le souci du capitaine est le Mali et que la Cédéao pense la même chose, il n’y a pas de raison que les deux ne s’entendent pas. « Ils n’auront pas tout de même pour souci d’affamer le peuple malien », souligne-t-il.

Il est plus que suicidaire pour nous de défier la Cédéao, l’Uémoa et la communauté internationale en général. N’en déplaise aux partis politiques et autres opportunistes tapis dans l’ombre, en quête de postes ministériels et de strapontins, qui pensent ainsi que leur heure est arrivée.

Ceux-ci, à visage découvert ou masqué se comportent en instigateur du putsch militaire jusqu’à dénier sa paternité à l’armée. Excédé par l’attitude des opportunistes, le chef de la junte, le capitaine Amadou Haya Sanogo a été obligé de faire la mise au point dans une rencontre avec la presse du vendredi 30 mars à Kati. Il a laissé entendre que nul ne peut dénier l’initiative du coup d’Etat à l’armée nationale à la recherche d’un mieux-être.

Les citoyens maliens semblent bien prendre conscience des sanctions brandies par le sommet des chefs d’Etat la Cédéao, du 27 mars et entérinées par les chefs d’Etat le jeudi 29 mars à Abidjan à la suite d’une réunion avortée à Bamako avec le responsable de la junte.

Dès l’annonce de l’embargo diplomatique et économique qui vont de la suspension de notre pays aux instances sous-régionales à la fermeture des ports qui sont nos principaux débouchés maritimes en passant par le gel de nos comptes à la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bcéao), le rappel des ambassadeurs, es Maliens sont abasourdis.

La décision prise par le président ivoirien, Alassane Dramane Ouattara, le mercredi, de fermer ses frontières avec le Mali et surtout les recommandations issues du sommet des chefs d’Etat de la Cédéao dont M. Ouattara est le président en exercice, sont mortelles pour le Mali.

Pays de l’Hinterland, le Mali est lié aux ports d’Abidjan, de Dakar, Lomé, Cotonou, Téma, Accra, Conakry, Nouakchott pour l’importation de ses produits de consommation et d’hydrocarbures et l’exportation de certains produits comme le coton, les fruits et légumes, etc. Le seul Port autonome d’Abidjan assure 70 à 80 % du fret malien.

Toutes les spéculations

Le vendredi, des banques locales ont été prises d’assaut par les clients. Chacun cherchait à se faire une provision d’argent pour ceux qui ont leur compte au vert pour se faire un stock de denrées alimentaires et de produits de première nécessité. Il se trouve que les banques primaires qui dépendent de la Bcécao, elle-même n’assurant que le service minimum, ont fortement rationné les règlements de chèques et de guichets automatiques.

M. D., un commerçant de la lace, qui voulait faire un retrait de 5 millions de F CFA n’a eu droit qu’à 500 000 F CFA. Une dame, opératrice économique de son état s’est présentée à son tour avec un chèque de 3 millions de F CFA. Elle a été priée de se contenter de 500 000 F. Dans les guichets automatiques, les retraits ne dépassent pas non plus 50 000 F par jour contre 300 000 F CFA en temps normal.

Les prix de certaines denrées comme le lait en poudre et même le riz ont commencé à flamber dès le vendredi. Des commerçants véreux ayant pris vent de la nouvelle ont commencé la spéculation en augmentant entre 1000 à 1500 F CFA sur le sac de 25 kg de lait en poudre.

Le coup d’Etat militaire du 22 mars 2012 perpétré par le capitaine Amadou Haya Sanogo a été diversement accueilli. D’une part, le coup de force a été bien apprécié par ceux qui en avaient assez du régime d’ATT à cause de son laxisme et clientélisme et surtout sa gestion approximative de la question du nord. D’autre part, il a été condamné par les démocrates qui sont à cheval sur les principes de dévolution constitutionnelle du pouvoir politique par des élections démocratiques et transparentes.

Abdrahamane Dicko

02 Avril 2012