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Les maires sont généralement élus en fanfare, mais, très souvent, cela tourne quelque temps après au fiasco. Ils se retrouvent au centre de la controverse, voire accusés de tous les péchés d’Israël. Il est rare de voir un maire se succéder à lui-même. Le foncier demeure la principale pomme de discorde.

« Monsieur le maire : vendeur de parcelles, arnaqueur, destructeur de nos biens publics, voleur… », sont quelques uns des commentaires sur les maires dans la Cité. L’opus du groupe de rap « Tata Pound » intitulé « Monsieur le maire » et fredonné par bon nombre de jeunes résume toute la mauvaise perception que les citoyens ont de leurs élus municipaux.

Le fossé est donc grand entre la liesse populaire accompagnant l’élection d’un maire et la désaffection de sa personne peu après sa prise de fonction.
« Nous avons voté et mobilisé les gens pour M. X afin qu’il réduise nos problèmes une fois maire. S’il ne peut rien faire pour nous, qu’il s’en aille », clament des jeunes.

En effet, la liste de demandes sociales sur la table d’un maire, couplée avec les promesses électorales, fait qu’il se retrouve avec une marge de manœuvre drastiquément réduite en cas de non satisfaction de ces dernières. Surtout que l’on continue d’entretenir l’idée que le maire est capable de tout dans sa commune pour peu qu’il le veuille.

« Monsieur le maire, nous allons voter pour vous à condition que vous grattiez notre terrain de football et nous offriez des ballons et autres jeux de maillots ».

Tels sont en substance les demandes de groupes de jeunes. Si enthousiastes qu’ils sont avec l’élection de monsieur le maire, synonyme de réalisation de leurs vœux, les jeunes perdent patience et finissent par traiter leur élu municipal majestueusement porté au firmament de « menteur et de démagogue ».

Selon Ibrahima Dioné, ancien maire de la Commune V (1992-1997), « il va de soi qu’un élu qui promet des choses à son électorat se rend impopulaire. Et ça devient pire si les considérations politiques entrent dans la danse ».


Les parcelles de la discorde

Parmi tous les problèmes auxquels les maires sont confrontés, ceux relatifs au foncier sont les plus courants. M. Dioné pense que cela est dû au fait qu’autrefois les maires n’avaient pas beaucoup d’emprise sur les parcelles contrairement à maintenant où ils disposent de pouvoirs réels sur les attributions de terres.

C’est pourquoi, aujourd’hui, à en croire des détenteurs de parcelles, il n’est pas rare de voir des parcelles qui ont plusieurs propriétaires légaux. D’où les litiges fonciers qui n’en finissent plus.

« Quand un maire vend une parcelle à plusieurs particuliers en même temps, il sème la zizanie et se livre à la vindicte populaire. Le gros du problème est que finalement la mairie n’arrive pas à rendre un verdict équitable entre les différents protagonistes. Comment voulez-vous qu’un tel maire soit aimé ? » se demande M. Sangaré dont le titre foncier est aujourd’hui dans un imbroglio.

Les parcelles suscitent aussi le désamour entre les maires et leur base quand il s’agit de lotissement ou de recasement de certaines zones et de leur quartier.

Difficile de dire que ces opérations se déroulent normalement dans la mesure où l’on rencontre des rues loties tordues avec des déviations sciemment faites en vue d’arranger un proche ou semblable. Tout récemment, lors de la démolition des maisons illicitement construites à Missabougou et Yirimadio, il a fallu toute une armada de forces de l’ordre pour contrecarrer la furia populaire.

« Nous avons élu M. Dagnon pour qu’il nous défende, mais s’il nous livre en nous dépossédant de nos parcelles et en nous foutant dehors au clair de la lune, il verra s’il sera encore maire. Il est parmi nos ennemis maintenant », répétaient, les larmes aux yeux, des déguerpis.

Ibrahima Dioné pense que « les opérations de déguerpissement s’avèrent violentes si elles ne sont pas faites en conformité avec les normes et surtout si le maire lui-même s’offre des parcelles sur le site ».

C’est pourquoi, a-t-il ajouté, la « transparence et la communication » doivent être de mise pour éviter toute contestation. A défaut de celles-ci, à ses dires, le maire devient un « ennemi public » et sa côte chute infailliblement. Il est donc évident qu’en fin de mandat qu’il soit délaissé par ses ex-fans.


Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

20 Juin 2008