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La victoire était impérative pour le moral, et elle est arrivée, au meilleur moment. De la plus belle manière. Elle a surgi sous la forme d’un engagement collectif qui n’a jamais faibli en 90 minutes mais aussi d’un grain de jument généré par deux mousquetaires venus du banc de touche : Adama Tamboura qui galvanise le jeu et Dramane Traoré « Rivaldo » qui casse le verrou togolais. Mais dimanche, lors de ce match Mali-Togo comptant pour les éliminatoires de la Can 2008, les Aigles ont eu chaud sur le terrain, les supporters du Stade du 26 mars ont transpiré dans les gradins et le peuple a douté dehors… jusqu’au bout du but.


Prologue

Ce dimanche 8 octobre 2006, le public sportif malien est (re)venu assez nombreux au Stade du 26 mars dans le double but de forcer une réconciliation avec « ses » Aigles et de se doter d’un remontant moral de l’après 27 mars 2005. Sa contribution : donner de la voix et du geste pour pousser ses guerriers à la victoire V.

Parmi les 45 000 spectateurs, il y avait celle que les habitués du pavillon des sports surnomment Kadiatou 12, une grande animatrice du Comité central des supporters des Aigles du Mali. A la 92e mn, la vieille dame a eu un comportement des plus bizarres. Elle avait les yeux écarquillés, rivés sur un objectif au beau milieu de la ligne de corner togolais. Elle semblait rêver éveillée et redoutait de se retrouver réellement dans un rêve. Mais « Souraka Kadiatou » était bel et bien en présence d’une scène réelle de but : une balle qui gît dans des filets. Et quand elle prit en marche le train de l’explosion de joie, le coup de sifflet final a retenti. Le tableau d’affichage marquait Mali 1 Togo 0. Pour toute réaction, Kadiatou murmura : « Allah Ka bon » (Dieu est grand).

Nous avons tenu à insister sur cette scène pour marquer tous les scénarii qui ont suivi l’inscription du but malien à un moment où le désespoir avait quasiment atteint son comble. Crise d’efficacité Pourtant, le début du match avait dessiné le schéma d’une victoire qui s’annonçait largement à portée de main des Maliens. En effet, dès le coup d’envoi, les Aigles démarrent en trombe et empruntent sans discontinuer le chemin des buts togolais. Ils montrent des signes imminents de pouvoir faire la différence à l’image de Mamadi Sidibé, Mamadou Diallo et Drissa Diakité « Driballon ».

La première occasion de but se situe à la 10e mn quand l’attaquant de Stoke City Mamadi Sidibé leva trop sa tête sur un centre de Souleymane Diamouténé, le joueur de Leccé. Mais la véritable opportunité de but ne vint qu’à la 21e mn sur un coup franc de Seydou Kéïta a failli tromper Agassa Koffi.

Mais au fil du temps, le beau jeu d’une équipe malienne soudée et volontaire se dégringole, l’étau se desserre et les compartiments se scindent. Les raisons ? L’axe central avec Adama Coulibaly et Cédric Kanté est fixé pour pallier à d’éventuels rushes d’Adebayor et Kader Coubadja ; les latéraux Eric Sékou Chelle et Diamouténé ne montent pas et le milieu à l’image de Mohamed Sissoko « Momo » est méconnaissable.

Finalement, la ligne d’attaque se retrouve naturellement privée de bons ballons. Seul l’engagement des joueurs est demeuré constant, mais il n’a pas suffit pour permettre à Bassala Touré (25e) ; Mad’Diallo (40e) et Seydoublen (45e) d’ouvrir le score avant la pause. Au contraire, pour leur unique occasion de but à l’ultime minute, les Togolais qui avaient cumulé 4 cartons jaunes pour jeu brutal, ont failli créer la surprise. Mais Mahamadou Sidibé, qui a eu une soirée tranquille, a devancé de justesse Dossevi Thomas démarqué par Adebayor. Et Tamboura entra La deuxième période débuta sous des auspices qui ne présageaient nullement d’une éventuelle évolution de la situation sur le terrain.

Les occasions s’enchaînent sans faire mouche, à l’image de ce puissant tir de Mad’Diallo capté par le grand Agassa Koffi (48e mn). C’est alors que l’entraîneur des Aigles, Jean François Jodar, eut la bonne lecture du jeu en procédant à trois changements judicieux. Dramane Traoré « Rivaldo », Adama Tamboura et Harouna Diarra montent aux champs et apportent une touche innovante au jeu malien. Mais, c’est particulièrement Tamboura, entré à la 80e mn, qui a remis l’équipe sur les rails.

Aussitôt entré, le latéral gauche d’OIF (1ère division suédoise) galvanise le jeu malien avec des montées offensives dignes du football moderne. Un beau coup franc que tout le monde rate dans la surface togolaise (80e mn), une percée ponctuée d’une remise en retrait, bloquée (86e mn) et une descente forcée suivie d’un centre qui ne trouve personne sur sa trajectoire (89e mn) ont contribué à redonner un vif espoir aux joueurs maliens et à réveiller pour de bon un public qui avait abdiqué.

Et ce qui était souhaité arriva dans les arrêts de jeu mais du côté droit. A la réception d’une ouverture de Momo, Mad’Diallo fixe son vis-à-vis et centre à Rivaldo qui n’eut qu’à pousser le cuir dans les buts d’Agassa Koffi. L’attaquant de Lokomotiv Moscou libère ainsi tout un peuple d’une angoisse qui semblait consommée.

Cette victoire des Aigles a un double effet sportif et social. Au plan purement sportif, elle place le Mali en tête de groupe 9 avec 4 points devant le Bénin qui partage la 2e place avec le Togo (3 points) et la Sierra Leone figée à son point soutiré au Mali.

Au plan social, la victoire du 8 octobre n’efface certes pas totalement les remords du 27 mars ou de la non qualification du Mali à la Can 2006, mais elle établit la confiance entre les joueurs et le public sportif, entre les autorités et le peuple, bref entre acteurs du football au Mali. Si l’histoire se répète le 24 octobre 2007 contre le Bénin, le Mali aura un pied à Accra 2008.

Sékou Tamboura

10 octobre 2006.