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Une victoire inutile ! C’est ainsi qu’on est tenté de qualifier le 3-1 infligé, vendredi dernier, aux cadets du Burkina par les Aiglonnets du Mali. Si cette victoire a eu le mérite de sauver l’honneur d’une jeune sélection malienne, elle ne leur pas ouvert les portes du second tour de la 6è édition de la Can des cadets.

Cités parmi les favoris de la compétition, les cadets maliens quittent Banjul la tête basse. Une sortie peu honorable pour leur talent et l’espoir suscité lors des élminatoires. Leur sursaut d’orgueil face au Burkina Faso (3-1) n’a donc servi à rien parce que les Maliens n’étaient plus maîtres de leur destin. Au contraire, elle amène les observateurs à s’interroger sérieusement sur le parcours chaotique des poulains de Djibril Dramé.

Les Aiglonnets ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Parce qu’ils ont naïvement perdu leurs premières rencontres, contre le Ghana et la Gambie, pourtant largement à leur portée. Surtout la première sortie contre le Ghana. Presque aucun de nos adversaires ne nous a dominé techniquement. Mais, Ousmane Bagayogo et ses coéquipiers ont été le plus souvent victimes de leur fébrilité défensive.

Si pour le sélectionneur national, Pierre Lechantre présent en Gambie, «l’équipe du Mali pratique un beau football» et était sans conteste «l’une des meilleures sélections de la CAN», ses prestations n’ont pas été du tout à la hauteur des attentes. Ce qui suppose des insuffisances notoires à certains niveaux.

Et en technicien averti, Lechantre a fait le diagnostic du mal. «Contre le Ghana et la Gambie, l’équipe a manqué de ressources physiques pour terminer le match. Outre ce problème, on peut évoquer celui du banc de touche où les remplaçants évoluent en dessous du niveau des titulaires. Autrement dit, il y a une bonne équipe de titulaires mais pas de remplaçants dignes de ce nom. Si on parvient à résoudre ces deux problèmes, je pense que cette équipe va faire de belles choses à l’avenir», explique le coach des Aigles du Mali.

Une préparation calamiteuse

Mais, certains observateurs n’ont pas été surpris par la déroute des Aiglonnets. C’est le cas de l’envoyé spécial de l’Essor (Souleymane Bobo Tounkara, NDLR) pour qui «on peut toujours se demander comment les nôtres ont pris autant de buts sans avoir été vraiment dominés lors de deux premières sorties». Et pour notre confrère, «les acteurs eux-mêmes n’ont sûrement pas d’explication sur ce qui leur est arrivé.

La contre-performance était néanmoins prévisible. «Le film de leur séjour d’acclimatation dans la capitale sénégalaise est riche d’épisodes pouvant servir d’explications plausibles à leur déconvenue. El Hadj Mahamane Traoré et ses camarades ont fait un séjour calamiteux à Dakar à cause de la gestion catastrophique de l’administration du football malien», souligne-t-il.

«Arrivée très tard dans la soirée du vendredi 29 avril, l’équipe malienne conduite par Moussa Kanouté, ancien arbitre international, a eu la surprise de s’entendre dire par les responsables de la Direction nationale des sports du Sénégal, que leurs confrères de Bamako avaient demandé de louer une villa pour le séjour.
En fait de villa, c’était plutôt un appartement de cinq chambres, deux toilettes, avec un minuscule débarras, situé au quartier HLM (Habitat à Loyer Modéré, NDLR), « Nord-Foire », en face du stade Léopold Sédar Senghor. Deux demoiselles et deux hommes s’occupaient du ménage et de la cuisine pour une délégation de plus de vingt personnes»,
a ajouté l’envoyé spécial de l’Essor.

Improvisation et amateurisme

Et d’autres problèmes d’intendance n’ont pas manqué de surgir tout au long du séjour dakarois.
Comble de l’humiliation et de l’insouciance des responsables du football, «le Mali était le seul pays parmi tous les participants de cette Can, en transit à Dakar».

Sans compter, la longue distance (de Grand Yoff à la Médina, près de 30 km dans une fourgonnette, NDLR) à parcourir pour aller aux entraînements et dans des conditions exécrables et précaires dans lesquelles cette phase de notre préparation s’est effectuée.

Cette participation malienne a été, comme d’habitude, gérée avec un terrifiant et révoltant amateurisme. L’improvisation l’a encore emporté sur le sens de l’organisation et de la responsabilité. Il ne fallait donc pas attendre un miracle d’Ousmane Bagayogo et ses coéquipiers, malgré leur immense talent.

Moussa Bolly

19 mai 2005