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La scène politique sénégalaise actuelle est bien prolifique, tant en intrigues qu’en rebondissements : les uns sont fondés, les autres, erronés. Aussi se demande-t-on si, dans cet embrouillamini politique, une issue heureuse, sinon consensuelle, est possible.

L’on se rappelle que l’acharnement orchestré, doit-on, par des proches du pouvoir contre le Président de l’Assemblée nationale, M. Macky Sall, l’avait poussé à “jeter l’éponge“, en démissionnant du parti au pouvoir : le Parti Démocratique Sénégalais (PDS). Du coup, les Sénégalais ont assisté au retour en force de M. Idrissa Seck, un ancien Premier ministre qui, durant quatre ans, avait été écarté du cercle des amis du Président Abdoulaye Wade.

Le résultat de tous ces changements? La formation du parti dit “REWMI ” de Idrissa Seck est divisée, tout comme le PDS, du reste. Et tout cela fait assez désordre, surtout à quelques jours des élections locales prévues au 20 Mars 2009. Et pour en rajouter à la confusion générale, Karim Wade dit “Idy“, fils de son père Président, choisit d’entrer dans l’arène politique, et cela, au moment même où les partis politiques constituaient leurs listes (bouclées depuis le 20 Janvier dernier).


Il y a loin de la coupe aux lèvres

Karim “Idy“ Wade figure donc en troisième position sur la liste de la coalition dite “SOPI 2009“ (SOPI ou “Changement”, tendance PDS) dirigée par le Maire sortant de Dakar et Président du Sénat, M. Pape Diop. Mais le plus surprenant, voire incompréhensible, c’est que non seulement la nouvelle de l’entrée en lice de Karim a suscité peu de commentaires des Sénégalais, mais “Idy” lui-même a gardé un silence de carpe sur la question. Pourquoi?…

En fait, il y a belle lurette qu’au Sénégal, personne ne doute plus des intentions, sinon des ambitions politiques de Karim (comme tout le monde l’appelle là-bas). Selon des cadres et responsables de son mouvement dit “Génération du Concret” (GC), les ambitions de Karim “Idy” Wade ne se limitent d’ailleurs pas aux échéances électorales locales : il convoite tout simplement le fauteuil présidentiel que son paternel laissera vacant en 2012 ! Encore faut-il que ce dernier consente finalement à le faire…

En tout cas, “il faut dire comme on dit”, d’après l’autre : la distance qui sépare l’ambition de la réalisation est égale à celle qui sépare le rêve de la réalité. C’est dire que pour ce qui est de l’ambition de Karim, il y a loin de la coupe aux lèvres. Car devenir Maire de Dakar n’est guère chose aisée, même pour un fils de Président, et… même si le père donnait un coup de pouce ou de piston au fils.

En effet, le mode de scrutin étant partout ce qu’il est, c’est-à-dire aussi versatile qu’imprévisible, il faudra trois conditions à remplir (et bien) par Karim.

Primo : que la liste de la coalition “SOPI 2009” (sur laquelle il figure) puisse engranger la majorité des suffrages à Dakar.

Secondo : que les vainqueurs de ladite liste se mettent d’accord sur le candidat qu’ils veulent investir (c’est-à-dire lui).

Et tertio : que le candidat choisi (toujours lui) rafle la majorité des cent conseillers municipaux.

Karim “Idy“ Wade possède-t-il l’étoffe et l’aura politiques nécessaires pour mettre toutes ces trois conditions de son côté? On en doute, car rien ne permet de l’affirmer, au regard même du caractère qu’on dit non dégourdi du fils d’Abdoulaye Wade.

Karim, l’indésirable?

C’est dire que rien ne prouve que Karim “Idy“ fera l’unanimité, même si, pour ce faire, le Maire sortant de Dakar (M. Pape Diop) ne voit aucune objection à s‘effacer devant le fils du Président Wade. D’ailleurs, selon maints Sénégalais, l’ arrivée (certains ont parlé d’irruption) de Karim dans le PDS n’a pas fait que des heureux au sein du parti : elle a occasionné aussi du mécontentement et de la grogne.

Aussi, les détracteurs de Wade fils, de soutenir que Karim n’a aucune légitimité, même si on l’a vu aux côtés de son père, lors des campagnes électorales de 2000 et 2007. Et d’autres, de renchérir qu’il n’a tout simplement pas la carrure ou l’envergure d’un homme politique.

En réalité, Karim Wade est surtout desservi par son côté un peu effacé. Sur ce plan, même l’un de ses proches reconnaît que pour s’imposer, il va lui falloir “se faire violence et apparaître plus souvent au devant de la scène politique“. Toute chose qui représente une vraie mer à boire pour Karim “Idy” : autant dire, en somme, que… n’est pas toujours politicien qui veut.

L’Opposition jubile et fustige

Par contre, l’optimisme est de mise du côté de la plus forte coalition jamais constituée par l’Opposition au Sénégal : le Benno Siggil Senegal (BSS) qui regroupe… une trentaine de partis. En effet, chacun de ces partis est décidé à combattre le PDS (parti de Wade) jugé affaibli par les dernières péripéties politiques. D’où le pronostic d’un membre du Parti Socialiste sénégalais et du Comité national électoral de BSS, M. Sérigne Mbaye Thiam : “Nous avons des chances de remporter les principales villes du pays, dont Dakar“.

C’est que sur la liste présentée à Dakar par l’Opposition figurent des personnalités influentes : entre autres, M. Khalifa Ababacar Sall, ancien ministre du Commerce ; et Doudou Issa Niasse, Adjoint de l’ancien Maire de Dakar (M. Mamadou Diop). Mais il reste à déterminer qui seront les futurs challengers de Karim Wade, dans la mesure où le premier vote concerne, non pas des individus, mais une liste.

Les pour et contre Karim

En 2008, le budget de la ville de Dakar se chiffrait à 32 milliards de FCFA. Mais dans quelques années, il pourrait grimper jusqu’à… 100 milliards de FCFA. Karim Wade dispose-t-il d’assez de compétences pour gérer une ville aussi importante, s’il en devenait le Maire?…

En tant que Conseiller du Chef de l’Etat et non moins membre du Directoire de la “Génération du Concret” (GC, le mouvement de Karim Wade), M. Hassan Bâh n’en doute pas une seule seconde : le contraire serait étonnant d’ailleurs.

En effet, récemment, sur les ondes d’une radio privée, M. Bâh clamait son refus de “voir des médiocres prendre le pouvoir”. Des “médiocres”, comme… la trentaine de partis de l’Opposition, peut-être?… En tout cas, du point de vue de M. Bâh, le fils d’Abdoulaye Wade est parfaitement apte à “faire émerger un nouveau type de leadership“. Et d’expliquer que l’expérience acquise par Karim à la présidence de l’Agence Nationale de l’Organisation de la Conférence Islamique (ANOCI) est un atout pour lui. Et M. Hassan Bâh, de soutenir : ”Les importants chantiers routiers réalisés à Dakar témoignent de ses capacités. Voilà pourquoi il est candidat à la Mairie“.

Mais l’Opposition n’est évidemment pas de cet avis. Pire, elle exige même un audit sur la gestion de l’ANOCI par Karim Wade qui, argue-t-elle, a dépensé 376 miliards de FCFA pour des chantiers censés être financés par certains Etats membres de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), et non par l’ANOCI.

Passera ou ne passera pas?

il est clair que la “Génération du Concret” (GC) de Karim Wade est prête à défendre sa candidature jusqu’au bout. Mais pour l’instant en tout cas, cette candidature manque de visibilité. Le fils du Président sénégalais aurait donc intérêt à communiquer davantage avec les citoyens qui pourraient devenir ses futurs électeurs. Or, depuis le 11è Sommet de l’OCI, en Mars 2008, Karim ne l’a jamais fait.

Pire, alors que sa campagne électorale sera officiellement lancée le 1er Mars 2009, même les proches de Karim ne se hasardent plus, de nos jours, à tenter d’éclaircir sa stratégie électorale. Fera-t-il campagne ou non? Motus et bouche cousue chez l’intérressé… Aussi, certains Sénégalais, de murmurer : “Faire campagne? A quoi bon ? il n’en a pas besoin, car c’est lui qui tient le Palais“ (NDLR : celui de la Présidence).

Pourtant, selon certains confrères sénégalais, le Président Wade aurait récemment confié à des militants (de son parti, le PDS) : “Ce n’est pas parce qu’on est tête de liste que l’on devient forcément Maire “. Un propos qui, en fait, peut tout sous-entendre ou supposer…

En résumé, Karim dit “Idy” Wade, qui figure sur la liste “SOPI 2009”, pourrait avoir certaines chances, à condition que sa liste SOPI 2009 l’emporte à Dakar. Mais Karim, fils du Président Abdoulaye Wade, Président de l’ANOCI et… Maire de Dakar, n’est-ce pas c’est trop beau pour être vrai? Enfin, attendons le prochain verdict des urnes…


Le VIATOR (Source : Jeune Afrique)

11 Février 2009