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Plus d’une trentaine de formations politiques ont signé une plate-forme visant à soutenir la candidature d’Amadou Toumani Touré à la présidentielle d’avril 2007. La plate-forme est dénommée « Alliance pour la démocratie et le progrès ». Mais, le hic : c’est que ces partis ont donné leur langue au chat, évitant d’aborder les sujets (école, corruption, santé, relance de l’école et crises perlées) qui fâchent. L’ADP a-t-elle de réels motifs de faire espérer le peuple en dehors du partage de gâteau dont elle est soupçonnée ? Ce n’est pas sûr.

En raison de « l’attachement profond du peuple malien à la démocratie pluraliste, aux valeurs républicaines et au respect de l’Etat de droit, le rôle historique du Président Amadou Toumani Touré dans l’avènement de la démocratie pluraliste au Mali et son action depuis le 8 juin 2002 » et des « acquis indéniables » engrangés par la gestion consensuelle des affaires publiques mise en œuvre depuis le 8 juin 2002 aux plans de la stabilité politique et des réalisations socio-économiques « malgré un contexte sous-régional particulièrement difficile », les partis signataires de l’ADP « affirment leur soutien politique et électoral au président de la République et s’engagent à le concrétiser de manière sincère et loyale ».

Toutefois, pour aborder les futures élections des conseillers nationaux, des députés à l’Assemblée nationale et des conseillers communaux, le groupe de partis signataires engage ses membres à s’associer « dans toute la mesure du possible ». Mieux, c’est une instance dénommée la conférence des présidents (CDP) qui est désignée comme l’organe unique de décision et de direction de l’Alliance. Cet organe, selon le document, se veut un cadre de concertation et d’expression « plurielle » qui « respecte en son sein les différences, la libre expression et l’autonomie de ses composantes ». Et puis patatras, les choses sont en train de changer : des coordinations sont mises en catimini en place. A quelles fins ?

Nous tenons à souligner le contraste entre les objectifs initiaux de l’ADP qui ambitionnaient de former une grande coalition autour du président sortant et les desseins inavoués de certaines formations politiques qui cherchent à enfourcher l’Adéma et l’URD, deux grandes forces électoralistes du pays. La coalition donne le sentiment qu’elle ne tient pas un discours de vérité là où le peuple attend la sincérité des leaders. En somme, le discours et les comportements manquent de cohérence. Sous d’autres cieux, certains leaders politiques auraient été remis en cause, car leurs capacités de négociation pour le compte de leurs partis sont mises en doute.

Pis, plusieurs d’entre eux ont été battus dans leur circonscription électorale ; ils se comportent comme des… proposant au plus offrant leurs partis. Certains brillent par l’absence de culture du partage de l’information avec leurs collègues responsables. Ont-ils encore pour la plupart les capacités intellectuelles de diriger leurs partis par ces temps qui courent ? Comme la retraite politique n’est nullement envisageable chez nous, il est important de réfléchir au sein de certaines formations politiques du pays à la génération de relève faisant apparaître des « sauveurs possibles » en cas de crise.

Politique de l’autruche

Les nouveaux amis d’ATT semblent s’être employés à gommer dans leurs discours tous les sujets sensibles, tous les sujets qui fâchent. Ils passent sous silence les vrais problèmes de la société malienne. Sur le pouvoir d’achat, l’école, la santé, l’emploi des jeunes, l’accès à l’eau, la corruption, la politisation de l’administration d’Etat, la banalisation des cadres de l’administration, etc. Aucune mise en perspective de la réforme des textes fondamentaux de la République, sur l’école, sur la décentralisation. On se contente de faire des promesses ! De poursuivre avec un homme sans programme clair.

Sur l’école et la lutte contre la corruption, on ne nous dit pas la vérité. Alors que dans ces domaines, des choix courageux devront être faits. Ce sont des phénomènes qui sont avec nous et qui resteront devant nous et l’on ne doit pas les occulter ni les fuir. Quelles vont être les conséquences de la gestion cahoteuse de l’école sur le devenir des enfants et du pays dans le cadre de la globalisation ? Pourtant, il y a quelques mois, les enseignants se sont exprimés de manière très claire en décrétant une grève illimitée.

Sur la santé. Que de dépenses nouvelles engagées, d’annonces de dispositifs déjà existants ! Or, on sait bien que les problèmes de santé vont augmenter de manière considérable dans les années à venir. Et le plan directeur de la santé est superbement ignoré.

Comment relancer le moteur de la croissance si ce n’est par le travail ? Là encore, motus et bouche cousue. Les opérateurs économiques sont divisés et cette situation n’émeut personne. Tout le monde refuse de regarder en face les réalités qui fâchent. Le silence le plus assourdissant.

Dissimulation, absence de vérité, absence de sincérité sur tous les sujets qui fâchent. Voilà ce que nous sert la coalition ADP. Les différents ralliements à ATT sont-ils alors la conséquence d’une démarche en conscience d’hommes libres ? Rien n’est moins sûr. Tout se passe comme si tout ce beau monde fait de l’investiture d’ATT un marchandage politique pour être élu ou réélu. Peut-être que le candidat non déclaré ATT est le seul à pouvoir apporter des réponses aux problèmes du Mali. Serait-il peut être le seul à avoir le courage de dire la vérité aux Maliens pour réaliser des réformes nécessaires ? Le doute est permis.

Un constat alarmant

ATT est peut-être un démocrate. Il est devenu par la force des choses un rassembleur, mais personne ne peut dire à ce jour qu’il a un programme de société déterminé pour le Mali. A preuve : des alliances de toutes natures se forment en vue de sa réélection. On est dans une sorte de bocal politique, de petite politique des élites au sommet, coupées depuis longtemps de ce que veulent et pensent leurs bases (le peuple).

Pour ces élites, l’important est de partager le pouvoir et d’en récolter les dividendes. L’ADP est dans l’impasse. Dans le premier cas, la coalition ADP volerait en éclats. L’on aura à déplorer le marché des dupes, caractérisé par le non-respect des engagements. Dans la deuxième hypothèse, le résultat serait que chaque parti jauge son assise sur le terrain. Quant à la dernière hypothèse, l’ADP sauve sa majorité hétéroclite en alignant une liste consensuelle à toutes les élections. Mais la méfiance aura certainement tracé des sillons au sein de la majorité présidentielle.

L’Adéma doit dépasser le stade des dénonciations et de la mise en alerte, elle doit se faire entendre. Ce qui suppose pour elle de cesser de voguer au gré des opportunités électorales pour construire des outils efficaces, ouverts, ambitieux et militants, au service d’une stratégie de réfondation de son leadership.
Les abeilles sont en train de rater trois rendez-vous majeurs avec le peuple malien : Haut conseil des collectivités, présidentielle, législatives. Tout se passe comme s’ils n’ont pas su tirer les leçons des alliances passées.

Inaudible, incapable de créer un rapport de forces au sein de l’ADP faute de vision partagée des leaders et d’absence de base électorale pour la plupart, le parti Adéma navigue à vue, tenté par une alliance politique aux contours encore mal définis. Il est urgent de réorienter la stratégie et l’action du parti, en réaffirmant le choix du peuple Adéma qui n’est autre que de laisser le soin au peuple souverain de choisir ses dirigeants. Personne ne doit engager les militants Adéma dans un complot contre leur parti.

L’Adéma connaît aujourd’hui une triple crise : crise d’identité ou de modèle, crise institutionnelle et de représentation qui produit l’exaspération et la fragilisation des militants, mais aussi crise de débats internes pour défendre le parti et poser les véritables questions qui concernent les populations.

Si la politique s’éloigne des citoyens, c’est le fait de responsables fermés aux initiatives et aux nouvelles idées. Nous nous devons de faire des choix pour prioriser la lutte contre la pauvreté et la précarité, démocratiser les institutions politiques (parité, représentativité sociologique…), développer les outils de démocratie participative.

Monzon


Encadré

Hommes-liges

Qu’il s’agisse de la brutalité de leurs méthodes et de leurs propos, de leurs nerfs qu’ils ne contrôlent plus, certains hommes politiques maliens, représentent aujourd’hui le parti de l’abaissement du Mali et la fin de la fierté nationale.

Ce Mali qu’ils ne cessent d’avilir tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de notre territoire semble néanmoins disposé à se donner à eux. De leurs déclarations sur la situation du pays par leur « arrogance » à tout bout de champ, les leaders politiques insultent en permanence les idéaux et la grandeur des Maliens. Autant de points qui me conduisent à m’interroger quant à ce qui peut amener les électeurs à se reconnaître en ces hommes qui, de toute évidence, n’aiment pas le Mali et encore moins les Maliens.

Outre le fait qu’ils soient hautains, raides et cassants, les patriotes maliens éprouvent les plus grandes difficultés à partager les analyses de ces messieurs, en raison de leur incohérence aussi laborieuses que superficielles. Il arrive toutefois que l’on se surprenne à adhérer, ne serait-ce qu’en partie, aux propos de ces intellectuels que l’on jugeait hier encore aux marges du réel.

« Le grand problème de la démocratie, c’est qu’aujourd’hui il n’est presque plus possible à un dirigeant d’être même provisoirement impopulaire. C’est pourtant ce que doit pouvoir être un homme d’Etat qui pense au long terme ». En République, le peuple est et demeure souverain.

22 février 2007.