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La politique n’est pas l’apanage de quelques théoriciens sages et désintéressés, ou d’ambitieux sans scrupules ; elle est le fait du citoyen. Et l’honnête homme se doit d’y convier quelques-unes de ses réflexions, et parfois, un peu de son activité”, a-t-on dit. La polarisation politique actuelle au Mali sur les élections communales qui se pointent à l’horizon (notamment le 26 Avril), s’appuie sur cette citation et en appelle à la réflexion de tous les citoyens.

Le pays n’a que trop souffert des dérives électorales (entre autres). Et les Maliens se doivent de le consoler. Souffert de quoi? Surtout de la malveillance de certains dirigeants politiques qui, de par leurs manœuvres frauduleuses, tentent d’influencer la population par des promesses pécuniaires, voire l’achat de consciences, tout en mettant en jeu et en exergue leur influence sociale.

Aussi, certains d’entre eux n’hésiteront pas à promettre : “Quand je serai Maire, je te donnerai un terrain ! “. Ces mots trop beaux pour être vrais, on les entend çà et là, surtout en ces heures d’échauffements électoraux. L’accord de vote de l’électeur avec celui à élire est ainsi signé. Quelle adhésion aussi puérile !…

C’est dire que sous nos cieux, l’éducation politique massive est en général inexistante : et c’est là l’une des causes de notre sous-développement. Le pire, c’est que nombreux sont ceux qui militent matin et soir pour un parti dont ils ignorent même les objectifs !


“Il faut militer dans un parti, parce que c’est un devoir du citoyen !
”, soutiennent les uns. “Rester sans option politique, c’est se dérober à la construction nationale ! ”, renchérissent les autres. Tout cela est peut-être vrai ; mais l’on ne doit pas adhérer à un parti parce qu’on a reçu de l’argent ou des promesses, donc pour ses propres intérêts.

La politique, qui représente pourtant la prospérité d’une nation, est devenue, de nos jours, une profession fort douteuse, et cela, de par les comportements mêmes des hommes politiques. Ainsi, le citoyen ne s’étonne plus de les voir, du jour au lendemain, changer brusquement de parti. Ce qui est encore plus regrettable, c’est que ceux qui militent dans le bon sens sont très minoritaires.

Dans leur incapacité, ou l’impossibilité, pour eux, de rassembler autour d’eux des hommes compétents, bien des leaders politiques préfèrent se rabattre sur la masse, cette pauvre masse qu’ils maintiennent aveugle et manipulent comme une marionnette, mais qui revient toujours dans ses erreurs et errements. C’est pourtant cette masse qui est le peuple, qui symbolise la justice et la sagesse, car à la longue, ce peuple cherchera à assurer la continuité normale de sa propre destinée et à se prononcer sur chaque aspiration politique.

Mais en dépit de ces phénomènes humains, le Mali est l’un des rares Etats de l’Afrique à respecter la démocratie. Aussi peut-il, à travers sa devise “Un peuple, Un But, Une Foi”, relever le défi que sa population attend de le voir relever. Cependant, il appartient notamment aux hautes autorités, intellectuels et responsables politiques, de faire du pays ce qu’ils veulent qu’il soit.

Mais est-ce à dire qu’ils ont pleinement joué leur rôle respectif? Et qui a fait concrètement quoi pour éradiquer ce fléau des dérives électorales? Ces comportements, qui procèdent d’une prétendue prise de conscience clairvoyante, constituent une méprise grave qui, de toute évidence, dénature les scrutins électoraux en bien des endroits. N’est-il pas temps que l’on prenne enfin conscience que les tee-shirts, thé, pagnes, képis et autres promesses aussi fallacieuses qu’inattendues ne sont dans le lot des objectifs visés par une élection?

Pour un élu qui se respecte, il s’agit de prendre en compte son projet de campagne et de suivre de près les différentes réalisations qu’il aura à effectuer. Ainsi, les votes (de l’électeur) par voie de conscientisation frauduleuse pourraient être évités. par ailleurs, au delà des scrupules et autres préjugés qui empêchent le plus souvent leur engagement politique, les Maliens ne se dérobent pas à ce devoir qui consiste à se choisir un représentant, un chef, un régime…

La pratique électorale n’est pas une nouveauté en Afrique, encore moins au Mali. Ce qui est nouveau, c’est l’occasion qui est donnée à chaque pays africain de faire un choix de société à travers un large débat démocratique. Aussi, ladite pratique tend même à pénétrer davantage les mœurs politiques du continent. Les dictatures, qui auraient pu bien s’en passer, y ont eu pourtant recours. De nos jours, les Africains sont habitués aux suffrages électoraux.

Les joutes radio-télévisées (où l’on rivalise souvent de talent), les meetings et autres manifestations qui ont marqué la campagne électorale en cours permettent d’augurer favorablement de l’avenir de la démocratie au Mali. Mais pourquoi précisément le Mali?

Le choix du Mali n’est pas un fruit du hasard, quand on établit un constat : il est tout à fait remarquable que dans un pays pourtant extrêmement croyant, le fait religieux n’interfère en rien directement dans le débat politique actuel. En fait, c’est dans l’évolution même du Mali qu’il faudrait aller chercher les sources de l’expérience démocratie en cours.

Adégné DOLO (Stagiaire)

24 Avril 2009