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Avant même la proclamation officielle des résultats, Soumaïla Cissé de l’Union pour la République et la Démocratie (URD) a reconnu sa défaite au second tour de l’élection présidentielle. Mieux, il ne l’a pas fait au téléphone ou lors d’un point de presse (comme annoncé par certains médias) : il s’est déplacé avec toute sa famille cher IBK pour le féliciter. Une belle leçon de démocratie et surtout de patriotisme qui fait finalement du Mali le véritable vainqueur de ce scrutin présidentiel. Grâce à cet acte courageux, le pays ne se donnera pas en spectacle dans de périlleuses contestations électorales. » Je suis allé le voir pour le féliciter et lui souhaiter bonne chance pour le Mali « , a déclaré Soumaïla Cissé à la fin de son entretien avec son aîné et concurrent à la présidentielle, Ibrahim Boubacar Kéita.

jpg_une-2012.jpgL’ancien ministre des Finances et président sortant de la Commission de l’Union monétaire ouest africaine (UEMOA) a fait cette annonce avant même la publication des résultats du second tour, mais des estimations portant sur 2/3 des bulletins dépouillés donnaient une très large avance à Ibrahim Boubacar Kéita alias IBK (68 ans), ancien Premier ministre qui aussi présidé l’Assemblée nationale de 2002 à 2007.

Soumaïla Cissé a intelligemment pris à contrepied les pyromanes qui le poussaient à aller jusqu’au bout du processus. Ce qui aurait inutilement entretenue une tension sociopolitique dont le pays n’a plus besoin.

» Reconnaître sa défaite et l’accepter… quelle grandeur d’âme ! « , disait un cadre du pays sur les réseaux sociaux. C’est aussi un signe encourageant que le jeu politique malien est en train de renouer avec les valeurs fondamentales. Sous d’autres soucieux, Soumi aurait félicité IBK par téléphone.

Mais, ici, il a tenu à venir avec toute sa famille pour témoigner de son attachement aux valeurs qui ont fait la grandeur de ce pays et aussi à la démocratie. La rivalité électorale est aujourd’hui derrière eux. Ils doivent se donner la main pour avancer et faire progresser la nation à la lumière de leurs expériences et compétences. La tâche est tellement colossale qu’il ne faut exclure d’emblée aucune compétence avérée.

Le Mali fier de ses deux finalistes

Soumaïla Cissé chez Ibrahim Boubacar en pleine nuit ! Une image qui fait la fierté de tous les Maliens et qui est à l’honneur de notre démocratie. Vive le Mali ! Ceux qui craignaient le syndrome ivoirien, sous prétexte que les délais étaient courts pour organiser de «bonnes élections», en ont eu pour leurs frais.

C’est vraiment méconnaître ce peuple dont l’expérience politique est antérieure à celle de beaucoup de peuples dans le monde. La preuve est la Charte du Kurukanfuga, une véritable constitution avant la lettre adoptée en 1236 après la bataille de Kirina par les représentants du Mandé et leurs alliés. Elle régissait la vie du grand ensemble mandingue. Sans compter que les Maliens savent ce qu’ils ont vécu dans leurs chaires et âmes les 18 derniers mois pour suivre des aventuriers dans la rue.

Certes, comme toutes les œuvres humaines, les élections n’ont pas été sans dysfonctionnements. Mais, il faut aussi reconnaître que, entre les deux tours, l’organisation s’est considérablement améliorée. Et cela grâce surtout à la prise en charge des recommandations des nombreux groupes d’observateurs mobilisés pour les deux tours. Et finalement, le Mali a sans doute réussi ses meilleures élections en termes d’organisation, de mobilisation et de transparence. La volonté de réussir et donner une leçon de maturité a été le plus fort.

Les Maliens ont rarement voté avec autant d’enthousiasme et surtout de volonté affichée de prendre en main le destin de leur pays. Rien n’a pu les décourager. Ni les dysfonctionnements (notamment au premier tour), ni la distance, ni même la météo… n’ont pu dissuader les électeurs d’aller aux urnes.

Nous ne pensons pas que même les premières élections démocratiques du pays (1992) aient suscité autant d’engouement pour l’accomplissement d’un devoir patriotique longtemps bafoué et confisqué par la dictature du parti unique ou de la fraude électorale. Les Maliens étaient pressés de laver l’affront fait à la nation, de retrouver leur honneur et dignité en tournant la triste page de la crise qui a failli remettre en question tous les acquis de la République.

Des attentes, des défis et un espoir à conforter

Aujourd’hui, Ibrahim Boubacar Kéita a été préféré aux autres candidats pour relever le pays. Pas sans raison. Mais, ce vote populaire n’est pas non plus un blanc seing. C’est un vote d’espoir. La mobilisation pour IBK est à la hauteur des attentes de toutes les couches socioprofessionnelles du pays. Maintenant, il n’y a plus des partisans de tel ou tel candidat, mais des Maliens avec des fortes et légitimes attentes. Et l’espoir que cela ne tourne pas à la désillusion des dix dernières années.

Il faut tourner la page, mais sans chasse aux sorcières en se disant que nous avons chacun notre part de responsabilité dans ce qui est arrivé à ce pays. Les défis sont énormes ! Personne ne le contestera certainement. A commencer par la réconciliation et la reconstruction. Cela suppose qu’il faut redonner confiance aux Maliens et les remettre au travail dans un climat sociopolitique apaisé. La culture d’excellence doit être réinstaurée dans tous les domaines, notamment dans la gestion des affaires publiques.

Il faut surtout sortir du mensonge et de la démagogie, comme outils de gouvernance et de communication politique, pour aborder les problèmes en face. Il faut se donner les moyens de résoudre les problèmes et les préoccupations des Maliens et non chercher toujours à les contourner. Les Maliens ne sont plus dupes car ils ont visiblement tiré les leçons des derniers mois de crise. La transparence doit être désormais une règle de gouvernance et l’impunité bannie de la République.

Ce sont là des conditions sine qua non pour rétablir définitivement la confiance entre les dirigeants et le peuple. A l’impossible nul n’est tenu ! Mais, faudrait-il que les citoyens soient convaincus que leurs dirigeants ont fait réellement de leur mieux pour concrétiser leur rêve !

Le changement, la rupture est une œuvre commune. Et pour les réussir, il ne faut plus craindre de se dire les vérités en face. Il faut soutenir les décideurs avec ferveur quand cela est nécessaire et critiquer sans passion quand cela s’impose ! C’est ainsi que le nouveau Mali se bâti !

Alphaly

Les Echos du 14 Août 2013