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Même si l’intégrité du territoire national est menacé par ces apatrides de bandits armés, une modification du calendrier électoral, notamment un report de la présidentielle du 29 avril, pour la simple raison qu’il y a des bruits de bottes dans le septentrion équivaudrait à une victoire psychologique pour le MNLA. ATT ne devrait pas aller dans ce sens.

Les juristes reconnaissent volontiers « la théorie des circonstances exceptionnelles« . Selon ce principe, quand des événements imprévus surviennent pour troubler l’ordre institutionnel normal, le fonctionnement des organes de la République en ressentit l’effet dans une forme de « normalité altérée », selon le mot du Doyen George Vedel.

Dans le contexte actuel de crise généré par les attaques des bandits armés contre notre pays, l’Etat malien gagnerait en sérénité à garder tout son sang froid face aux défis prioritaires auxquels le pays fait face. Parmi ceux-ci, l’organisation des prochaines élections générales tient une place de choix. Une des prérogatives régaliennes de l’Etat, en démocratie, est de pouvoir organiser à dates constitutionnelles échues, le mécanisme de dévolution du pouvoir : les élections. Faillir à cette mission compromet de facto la crédibilité de l’Etat même s’il est menacé.

Nul ne veut certainement sous-estimer la menace que font planer sur le pays les agitations armées des renégats du MNLA ! Mais, il serait purement suicidaire d’en être traumatisé au point de remettre en cause le fonctionnement normal de la République en mettant sous le boisseau l’agenda électoral.

En clair, il semble, comme le confirment, d’ailleurs, plusieurs experts et observateurs avertis, que de mauvaises élections soient largement préférables à un vide institutionnel susceptible de réveiller tous les démons. Même les plus inimaginables. C’est à ces démons « démocraticides » que le Pr Dioncounda Traoré de l’Adéma-PASJ faisait allusion, lors de sa récente conférence de presse, en affirmant que « si les élections ne se tiennent pas, tout peut arriver, même un coup d’Etat… ».

Pour sa part, Jeamille Bittar déclarait la semaine dernière ceci « Le rôle de l’armée, c’est défendre les populations et l’intégrité territoriale du pays. Nous, hommes politiques, notre rôle est de faire la politique et vous les journalistes, vous devez avoir la bonne information, vous êtes maintenant interpellés par tout ce qui se dit sur les médias internationaux aujourd’hui ».

Le candidat de l’UMAM a invité les Maliens à faire confiance au président de la République qui a déclaré que « les élections se tiendront aux dates prévues ». « Ceux qui parlent de transitions ou d’intérim ne sont prêts. Ils savent que si on organise les élections, ils vont perdre. Je suis sûr que les élections se feront aux dates prévues. Il ne me vient même pas à l’esprit que les élections ne se tiendront pas. Je sais que notre armée a les moyens de pacifier cette zone et de faire venir la paix et ceux qui se sont réfugiés vont revenir à la maison « , avait-t-il ajouté.

Il n’est, certes, pas exact d’estimer que des acteurs de la classe politique ne sont pas prêts pour aller aux urnes. Ce, d’autant que la plupart des prétendants à la succession du président ATT n’ont cessé, depuis plusieurs mois, de déblayer le terrain pour la bataille électorale. Plusieurs investitures de candidats et des négociations d’alliances avaient été faites avant le sombre 17 janvier 2012, date du début des attaques des bandits armés sur la ville de Ménaka.

Pour plusieurs leaders de la classe politique, la situation actuelle de crise devrait faire l’objet d’un sursaut national de la part de l’ensemble des Maliens pour sauver notre pays. Jeamille Bittar a révélé que l’ensemble des couches socioprofessionnelles productives sont en train de mobiliser des fonds pour soutenir l’armée et venir en aide à nos populations qui se sont réfugiées dans les pays voisins. « Il faut que mettions fin à cette tragédie qui devient cyclique et nous avons les moyens de le faire. Parler de transition n’est pas d’actualité et ne sera pas d’actualité« , avait-il martelé.

En effet, face à ce qui apparaît comme un harcèlement contre la tranquillité et la sérénité du peuple malien, ne pas aller aux urnes laisserait place à toutes les supputations. Les appétits des bandits armés pourraient être aiguisés si, le 29 avril 2012, le Gouvernement n’organise pas le scrutin présidentiel permettant de choisir le successeur au président Amadou Toumani Touré.

Comme on le voit, tout chamboulement de notre quotidien institutionnel, plus porté sur les élections que sur autre chose, sera, à coup sûr, une victoire morale des « rêveurs indépendantistes » du MNLA. Il faut aller résolument aux urnes pour permettre au peuple de se choisir un nouveau dirigeant à même de régler cette récurrente affaire du Nord-Mali. Ceci, de la façon la plus ferme!

Bruno D SEGBEDJI

21 Février 2012