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Le Mali est connu comme l’un des pays dans lesquels le taux de participation aux élections est très bas, la transparence du processus plus ou moins reconnue. Pour le scrutin phare de sortie de la pire crise de son histoire, le pays a besoin de convaincre. Le ministre chargé des élections, Moussa Sinko Coulibaly, joue toute sa crédibilité.

C’est une lapalissade d’affirmer que le processus électoral malien est sous une pression intense de la communauté internationale et d’une majorité écrasante des acteurs politiques nationaux. François Hollande et Laurent Fabius ne se privent plus d’occasion pour marteler qu’ils tiennent -dans un Mali en train de relever la tête grâce à leur altruisme- au respect du calendrier électoral. Pour les principaux leaders de la scène politique et de la société civile, il faut aller résolument à ces élections pour tourner la page sombre du coup d’Etat du 22 mars 2012.

L’urgence d’aller aux urnes est devenue si vitale que le désarmement des groupes armés dans la région de Kidal est en voie d’être… décalé. Il semble alors que la nécessité de respecter la date du 28 juillet pour le premier tour du scrutin, oblige l’Etat malien à « s’entendre » avec les bandits armés de Kidal. Quitte au gouvernement légitime qui sera issu des urnes à régler la question.

Cette urgence « d’aller le plus rapidement possible aux élections » risque hélas de faire perdre de vue les deux défis les plus importants de ce scrutin. Il faut, que les prochaines consultations électorales connaissent un fort taux de participation et qu’elles soient étiquetées comme « les plus transparentes » dans l’histoire du Mali.

En effet, si la démocratie malienne s’est écroulée comme un château de carte, l’une des causes invoquées par les observateurs avertis est la faible transparence dans les processus électoraux. L’on a invoqué des cas de fraudes, des bourrages d’urnes, des achats de voix, etc. Si avec l’introduction de la biométrie, le risque de fraudes sera réduit, il faut en revanche, que les acteurs politiques soient suffisamment associés au processus jusqu’à la proclamation des résultats. Ainsi, la question de la présence des délégués des différents candidats dans les bureaux de vote est importante. La signature des procès -verbaux du dépouillement par ces délégués ne l’est pas moins.

Un des axes majeurs de la transparence dans le déroulement du scrutin est la possibilité laissée aux médias de communiquer bureau de vote par bureau de vote les résultats (provisoires) au fur et à mesure qu’ils tombent (affichés aux portes des bureaux de vote). Cette communication dynamique des résultats par les journalistes disséminés sur toute l’étendue du territoire permet de connaître rapidement les premières tendances une heure de temps à peine après la fermeture des bureaux de vote.

Cette pratique, bien facilitée par l’essor de la téléphonie mobile, a fait ses preuves lors de l’élection présidentielle sénégalaise. En un temps record, tout le peuple a été informé des résultats provisoires qui seront confirmés par le ministère de l’Administration territoriale. En clair, lorsqu’il y a de la transparence, il n’ y a pas de raison par exemple que le ministère interdise aux médias de publier les résultats issus des PV signés par les représentants des candidats (dont les représentants de la CENI détiennent copie).

Le pire à éviter est de tarder dans la proclamation des résultats, voire des premières tendances. Il faut faire en sorte que ce moment de tension qu’est la période d’attente des résultats soit le plus bref possible. Lorsqu’il se prolonge, c’est la porte ouverte aux suspicions poussant certains candidats de mauvaise foi à s’octroyer des scores non avérés dans tel ou tel fief. Et bonjour le lit de la contestation et des conflits postélectoraux.

Par ailleurs, le scrutin du 28 juillet n’aura pas la vertu curative du mal malien s’il n’enregistrait pas un taux honorable de participation. Comment faire en sorte que les Maliens sortent nombreux pour aller retirer leurs cartes NINA et pouvoir voter le jour J ? Le président de la République par intérim, le Premier ministre et le ministre Moussa Sinko Coulibaly et ses collaborateurs doivent trouver une réponse pertinente à cette question. A ce niveau, le rapprochement de l’électeur de son bureau de vote (cher au Général Siaka Sangaré de la DGE) doit être un acquis total pour encourager les uns et les autres à aller accomplir leur devoir de citoyen. Les partis politiques et les candidats doivent faire de l’amélioration de la participation un défi personnel à relever.

Il s’agira encore de mettre des moyens de transport, voire de la nourriture à la disposition de leurs électeurs potentiels. C’est aussi le prix à payer pour maximiser leurs chances de succès. Ce sont des messages SMS collectifs que les compagnies de téléphonie peuvent envoyer au Malien lambda pour l’inciter à aller voter. Dans ce sens, la campagne de sensibilisation sur les médias tarde déjà.

Il faut, comme le dirait un écrivain de la négritude, « assaillir la conscience des électeurs » pour qu’ils se sentent concernés par les prochaines élections. Il est vital que les populations de Bamako et de ses environs, traditionnellement peu enclines à aller aux urnes, se bousculent le 28 juillet prochain en prenant une part active au choix du futur président de la République. Surtout qu’il s’agit en définitive du choix de celui qui aura la lourde responsabilité de rebâtir le… nouveau Mali.

Bruno D SEGBEDJI

djitosegbedji@yahoo.fr

31 Mars 2013