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Même si, officiellement, le système de consensus instauré par le président Amadou Toumani Touré, à son arrivée aux affaires en 2002, a pris fin 5 ans plus tard (2007), le concept de la gouvernance partagée de l’homme du 26 mars 1991 a laissé plusieurs observateurs avertis sur leur soif. Au régime d’ATT, l’on aura salué l’œuvre de bâtisseur. On lui a par contre reproché la complaisance et le laxisme face aux milieux politiques invités à la mangeoire du pouvoir. Pourtant, on peut gouverner avec des alliés politiques avec une fermeté dans l’exigence d’une bonne gestion du pays. Le prochain locataire du palais de Koulouba devra aller dans ce sens.

Le système de consensus politique a, certes, fait des émules, mais il n’a pas moins laissé perplexe. Le « grand rassemblement gouvernemental » autour du président ATT a très vite révélé quelques insuffisances. Ce n’est pas le premier Premier ministre de l’ère ATT, Mohamed Ag Hamani, qui nous démentirait.

S’il respecte les termes de l’article 30 de la Constitution du 25 février 1992, qui limite le mandat présidentiel à deux, ATT doit céder son fauteuil présidentiel à son successeur, dans 18 petits mois. Un fauteuil qu’il aura, passablement, occupé pendant 10 bonnes années. La question de la succession du président Amadou Toumani Touré suscite légitimement beaucoup d’interrogations. Qui peut redonner une nouvelle vitalité à la gouvernance malienne ? C’est cela la principale préoccupation des uns et des autres.

Le Mali doit-il opérer la nouvelle alternance politique avec la survie du « style » de gouvernance qu’ATT a imprimée à la gestion des affaires publiques durant son mandat ? Plusieurs observateurs optent pour l’impulsion d’ « un nouveau souffle dans la continuité  » à l’État. Autrement dit, le consensus politique et le système de gouvernance partagée qui ont permis à l’actuel locataire du palais de Koulouba de gouverner le pays sans difficultés politiques majeures, ne doivent pas être enterrés tout bonnement.

La stabilité politique et la paix sociale que connaît notre pays, à la différence d’autres pays du continent comme le Niger, le Zimbabwé ainsi que la Côte d’Ivoire dont la situation politique nous renvoie à l’Afrique des premières heures des indépendances, sont, en grande partie, liées à cette volonté présidentielle d’inclure toutes les forces vives de la nation dans la gestion du pouvoir.

On se souvient, dans ce sens, de son discours après sa réélection en avril 2007, dans lequel il déclarait ceci : « Président de tous les Maliens, je m’engage solennellement à continuer de faire vivre, dans le rassemblement et l’unité, les valeurs profondes de notre Nation que sont la solidarité, la tolérance et la paix. Je mesure, avec humilité et gravité, le poids de la responsabilité que vous me confiez en me portant à la tête de la première institution de notre pays.

Dans l’accomplissement de cette exaltante mission, j’aurai besoin de l’implication de toutes les Maliennes et de tous les Maliens. C’est à ce prix que nous relèverons les défis au service du seul Mali, notre très chère patrie « . Comme pour dire qu’on ne pouvait rien réussir sans un certain partage du pouvoir. S’il est vrai que cette situation est plus tributaire du tempérament d’un homme que la force des institutions, il y a de fortes chances que cette situation prenne fin avec le départ d’ATT.

Deux scenarii plaident pour cela. D’abord, la situation laxiste et la corruption généralisée qui, à n’en pas douter, caractérisent l’ère ATT et nécessitent une restauration de l’autorité de l’Etat. Or, un tel objectif ne saurait se réaliser sans une certaine dose d’autoritarisme et surtout d’élitisme pour arriver à bout de ce fléau. La gouvernance partagée en souffrirait certainement car il est vrai que souvent la recherche de l’équilibre politique ne rime pas toujours avec l’efficacité gouvernementale. Ensuite, c’est le tempérament du futur président ainsi que le style que ce dernier va vouloir imprimer à la gestion de l’Etat.

La fermeté et l’autorité de l’Etat…

A ce propos et sans entrer dans les débats liés à la personnalité à même de diriger le Mali, ce prochain président devra être une personnalité de poigne. Il doit avoir la capacité d’être ferme, capable de livrer tel ou tel ami politique à la justice. Il doit être en mesure de briser le tabou de « la lutte contre la corruption n’est pas un spectacle ». Une phrase trop chère à ATT qui s’y cache souvent pour ménager « les gros poissons  » au détriment des « menus fretins « . Les livres saints affirment que le bon dirigeant est celui qui a souvent le courage de dire à ses alliés et amis qu’ils ont de la paille dans les yeux et qu’il faille la leur enlever. Pour ainsi restaurer l’image de la gouvernance.

Dans le dossier du Fonds mondial par exemple, ATT n’a pas agi promptement en se désolidarisant de son ministre de la Santé avant la pourriture du dossier. Dans d’autres dossiers de corruption, le chef de l’Etat a toujours préféré le règlement à l’amiable pour, clame-t-on, « ne pas humilier un chef de famille « . Alors que le rôle du chef est aussi et surtout de faire prendre des sanctions quand il le faut et comme il faut. Les sanctions sont, reconnaissent les psychologues et autres sociologues, hautement dissuasives. Les éventuels candidats à la magistrature suprême de notre pays sont avertis : les bons guides sont ceux qui ont la main lourde.

IBK, Soumaïla Cissé, Dioncounda Traoré, Me Mountaga Tall et les autres prétendants au fauteuil présidentiel devraient, d’ores et déjà, s’engager à redonner un visage de fermeté et de coercition à l’Etat malien. C’est cela qui inspire respect pour la puissance publique. Qu’est l’autorité de l’Etat aujourd’hui ? Pourquoi nous étonnons-nous lorsque AQMI vient nous narguer jusque dans nos derniers retranchements de Bamako ?

Toutefois, on ne doit négliger la culture politique propre à notre pays. Une culture multiséculaire qui a façonné notre Nation et qui, certainement, saura garder raison des germes de division politicienne. Que les acteurs politiques se rassemblent pour construire le pays est à saluer.

Mais, que ce rassemblement constitue un frein pour débarquer les médiocres est plutôt une tare dont le Mali doit pouvoir se libérer. Et c’est dans cette culture de « soudou baba » (la case du père où l’on se rassemble) chère à ATT, qu’il faudra chercher les fondements d’une véritable démocratie capable d’assurer la stabilité, la paix pour un développement harmonieux de notre nation.

Bruno D SEGBEDJI

07 Janvier 2011.