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Malgré le soutien de plus d’une trentaine de partis politiques actifs et moribonds et d’une centaine d’associations de tout genre, la sérénité ne semble pas encore gagner Koulouba.

L’homme, sur lequel tout l’espoir de cette frange de la population malienne repose, n’a pas caché sa crainte d’être sanctionné par l’électorat malien au soir du 29 avril. Cette inquiétude, sous forme d’appel en direction des électeurs qu’Amadou Toumani Touré puisqu’il s’agit de lui, a exprimée à Banamba, un des fiefs du Mouvement Citoyen, est très révélatrice. Elle sous-entend que toutes les cartes ne sont pas encore entre ses mains pour réaliser le «Takokelen» comme le prétendent ses nombreux courtisans.

Dans son discours à Banamba où il venait juste d’inaugurer le tronçon reliant cette localité à Koulikoro, chef lieu de la région, ATT a invité ses compatriotes à sortir massivement le 29 avril, jour de l’élection présidentielle, pour élire un président de leur choix. Cela est de bonne guerre pour celui qui veut rempiler un second mandat. Mais quand il ajoute que s’ils ne votent pas «on élira quelqu’un qu’ils n’aiment pas.»

Pour notre part, nous disons que cette déclaration du président est une menace qui ne dit pas son nom. Sinon comment comprendre qu’avec le slogan de «Takokelen» de ses partisans ATT puisse tenir de tel propos. Elle nous permet de relever deux choses. Soit il ne fait plus confiance à ses partenaires regroupés au sein de l’Alliance pour la Démocratie et le Progrès (ADP) soit il a été déçu par le comportement des bénéficiaires des réalisations dont il ne cesse d’inaugurer à travers le pays.

A Banamba, l’euphorie de l’inauguration de la route et d’autres infrastructures dans le cercle, n’a pas empêché la population d’exprimer d’autres doléances. Tout chose qui aurait été mal accueillie. Comme si celle- ci n’a plus le droit de réclamer d’autres choses à l’Etat pour son bien être. Pour beaucoup de personnes, l’occasion n’était pas bonne pour égrener d’autres doléances. « On devrait se contenter de cette route bitumée d’abord », a lâché un des membres de la délégation présidentielle très proche du Mouvement Citoyen.

Qu’on le veuille ou non, les populations ne seront pas aveuglées par des réalisations dont elles ne se reconnaissent pas souvent. Elles vont continuer à formuler d’autres doléances.

Si on se conforme à l’idée de ces gens, tous les coins et recoins qui ont bénéficié d’un coup de pelle de ATT doivent voter pour lui. Au risque d’être traités d’ingrat.


Des promesses non tenues et des espérances déçues

Le président du Parti de la Demande Sociale ne peut que s’en pendre à lui-même. Dans la satisfaction des conditions de vie des Maliens, on réalise pratiquement que dans ce domaine il y a eu plus de littérature que de concret.
Toutes les réformes liées à cela, on lamentablement échoué.

Dans le domaine de l’emploi des jeunes, on a préféré des emplois précaires au profit d’un emploi décent et durable. La création de l’Association pour la Promotion de l’Emploi (APEJ) n’est autre que la conséquence de l’échec de notre système éducatif. Un système, qui aujourd’hui, est en déphasage de nos réalités socio culturelles et de l’environnement international. Si cela ne relève pas du ridicule, comment peut-on former des diplômés à des techniques de froid, de séchage de produits, de mécanique et de maçonnerie alors que l’école est là pour prendre cela en compte.

En un mot, on a mis sur la place publique la faille de notre école. Sans peut être le savoir ou relève- t-elle d’une façon de se moquer du peuple.

Le problème du chômage demeure entier. Le recrutement des 200 jeunes par l’APEJ n’est autre que la face cachée de l’échec du gouvernement à offrir du travail aux Maliens. Ils sont nombreux ceux qui ne croient plus au gouvernement en matière de politique d’emploi dans notre pays.

Avec la sortie médiatique du représentant des 200 jeunes apportant leur soutien à ATT, on a finalement compris que l’APEJ est une structure de recrutement de militants ou d’électeurs potentiels.
Le président Touré, qui avait fait la lutte de la corruption un de son cheval de bataille, a automatiquement abandonné cette voix, laissant le pays entre les mains des prédateurs.

Tout le monde s’accorde à dire aujourd’hui que la corruption, la malversation et le détournement de deniers publics ont atteint une proportion jamais égalée dans notre pays. Les rapports du Vérificateur Général et de la CASCA sont là pour attester le degré de ses atteintes au bien de l’Etat.

Ce qui provoque l’ire des Maliens, c’est le silence coupable du Chef de l’Etat à poursuivre les délinquants financiers devant la justice. On se demande aujourd’hui à quoi servent ces multiples structures de contrôles.

Autre point de non satisfaction des préoccupations, l’école. Malgré l’impressionnent battage médiatique du ministre de l’Education, Mamadou Lamine Traoré, l’école est toujours dans le creux de la vague. La violence a pris le pas sur les études. Les étudiants dans leur tentative de s’enrichir à tout prix n’hésitent plus à recourir à des pratiques d’une autre époque. Avec la complicité du département de tutelle L’affaire Papou en 2005 est une preuve parmi tant d’autres. Cet étudiant a trouvé la mort dans les affrontements entre rivaux de l’AEEM.

Les parents d’élèves ne savent plus à quel saint se vouer. Ils assistent impuissamment à la mort de l’école. Ils n’ont pas encore compris qu’en dehors des débrayages, il y a une école des pauvres et une école des riches. La première est le champ d’expérimentation des systèmes qui participent à la baisse des nivaux et l’autre calquée sur le système français.

Quant aux conditions de vie, elles ne cessent de se dégrader. Les prix des produits de première nécessité ne cessent de prendre l’ascenseur. Les consommateurs sont à la merci des opérateurs économiques. Pendant la crise acridienne de 2005 le gouvernement a montré ses limites car les opérateurs économiques ont fixé les prix selon leur bon vouloir au grand dam de la population.

Yoro SOW

26 février 2007.