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On se souvient bien du régime du président Alpha Oumar Konaré qui s’était heurté à une opposition farouche et déterminée de certains partis politiques regroupés dans un collectif, communément appelé Collectif des partis politiques de l’opposition (COPPO). Cette situation a fortement perturbé l’atteinte des objectifs du premier mandat de ce dernier. Lors de son second mandat, le front politique était plus apaisé ; cependant, le temps lui manquera pour une application suffisante de ses objectifs de gouvernement.

L’indice, qui dénote cette situation, est que la personnalité, qui a succédé au président Konaré, n’était issue d’aucune formation politique bien que le pays en compte plus d’une centaine. Quel impact réel de ces nombreuses formations politiques dans le Mali profond ?

Lorsque, le président ATT est élu en 2002, il rassemble dans sa mouvance pratiquement toute la classe politique pour une gestion consensuelle du pouvoir. Tout observateur averti sait qu’une telle gestion n’attire et ne profite qu’aux politiciens cupides qui ont pour seul objectif de tirer le meilleur profit matériel de la situation.
En réalité, le débat politique n’existait plus, l’espace politique, qui devait être occupé par les partis politiques structurés et responsables, est libéré et abandonné. La nature a horreur du vide.

Nous avons assisté à l’occupation dudit espace par les associations islamiques, qui par essence, relèvent d’une religion et d’un contexte social ou les faits administratif, politique, économique, social et juridique sont intimement liés.
L’élection du président Ibrahim Boubacar Keïta est une victoire des associations islamiques. La révolution «Jasmin» est soufflé sur le Mali à l’instar de la Tunisie, de l’Egypte et de la Libye où des pouvoirs islamistes s’installent progressivement.

Politique et religion

D’après un ouvrage de référence, on compte plus de 900 millions de musulmans sur la planète, ce qui place l’islam au rang de seconde religion après l’Eglise catholique par le nombre. Elle est peut être la grande religion qui se propage le plus vite dans le monde, puisqu’elle gagne particulièrement du terrain en Afrique et en Occident.
L’islam a conquis aujourd’hui en Afrique des positions dominantes, faisant partout reculer le christianisme et l’animisme.

En ce 21ème siècle, il rassemble en Afrique 500 millions de fidèles, soit plus de la moitié de la population. Son influence en France, attestée par ses 6 à 7 millions de croyants, chiffre qui va croissant tous les dix ans.

Amy SANOGO

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Evènement : qui était le chérif Cheikh Hamahoullah ?

Cheikh Hamahoullah, dit chérif Hamallah, créa le mouvement religieux issu de la confrérie tidjane qui porte son nom le Hamallisme. Originaire de Tichit (Mauritanie), Hamaoullah,installé à Nioro fut remarqué par Cheikh Sidi Mohamed Lakhdar, grand initié de la Tidjaniya, chargé de remettre de l’ordre dans la confrérie après l’épopée d’El Hadj Omar, qui 1902, lui transmit l’autorité spirituelle lui permettant de mener à bien l’œuvre de rénovation qui s’imposait.

Celle-ci s’appuyait avant tout sur la récitation d’une prière, la Jawharatu-l- kamali (la Perle de perfection) qui était récitée habituellement douze fois, selon les douze grains du chapelet.
Cheikh Lakhdar et Hamahoullah, s’appuyant sur la tradition voulaient la ramener à onze fois seulement («onze grains»). Un certain nombre de responsables religieux tidjanes se rendirent à leurs arguments tandis que d’autres, bien insérés dans le système colonial, s’y opposèrent farouchement. Ce clivage religieux se doublait des oppositions traditionnelles entre tribus.

Les échauffourées, qui s’en suivirent à partir de 1923, furent mal évaluées par l’administration. Elle vit dans les partisans des Onze Grains de dangereux agitateurs qui risquaient de remettre le feu à une région déjà perturbée par l’introduction des nouvelles cultures coloniales (coton, arachide), la levée de troupes durant la Première Guerre mondiale, et le travail forcé sous ses différentes formes. Hamaoullah fut exilé dans l’Ouest mauritanien (Mederdra, 1926-1930) après des émeutes sanglantes à Kaédi (Mauritanie) qui firent une vingtaine de morts parmi les partisans et les adversaires des Onze Grains.
Alors que les maladresses de l’administration, qui avait pris partie pour une tendance contre une autre, avivaient les tensions, une autre controverse théologique surgit du retour du Cheikh en 1936.

S’estimant en danger, ce dernier justifiait la pratique de la prière abrégée telle que l’avait recommandée le prophète en cas de guerre. La situation se tendit encore plus quand éclata le deuxième conflit mondial, l’administration vichyste craignant de voir perdurer une situation troublée dans ses colonies alors que la France libre avait déjà fait basculer l’Afrique centrale (1941).
Le 11 juin 1941, le gouverneur général Boisson ordonna l’incarcération d’Amahoullah tandis que plusieurs centaines de ses partisans étaient jetés dans des camps d’internement.

Humilié par Boisson à Dakar, où il avait été transféré, le Cheikh fut ensuite incarcéré à Oran, puis transféré à la prison de Montluçon, où il mourut le 16 janvier 1943. Il repose en France. Sa famille réclame de façon très adroite le retour de sa sépulture à Nioro.

La Rédaction

L’Inter de Bamako du 19 Août 2013