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Il voulait le « takokélen », la victoire dès le premier tour. Ses adversaires se sont moqués en parlant de « takaprin », la victoire imposée. La proclamation, vendredi dernier par le ministère de l’Administration territoriale, des résultats complets provisoires a confirmé les appréhensions des uns et des autres.

Le président sortant Amadou Toumani Touré a remporté le scrutin haut la main par un score sans appel de 68,91 % des voix alors que son principal opposant Ibrahim Boubacar Kéita enregistre moins de 20 % des suffrages exprimés. Tiébilé Dramé du Parena arrive troisième avec 3 % des voix. Soumeylou Boubèye Maïga, qui s’est affranchi de l’Adéma ralliée à ATT, a fait moins que le trublion Oumar Mariko du parti Sadi. Les petits candidats eux sont à moins de 1 %.

Avec seulement 36,17 % des inscrits qui ont voté, les uns et les autres trouveront des arguments pour justifier leur score. On notera que la participation a quand même fait un progrès de dix points. Mais que reste-t-il de légitime lorsque la mobilisation populaire fait tant défaut ? C’est peut être là, un des enseignements de ce scrutin qui prolonge une politique expérimentale de chloroformisation de la démocratie : le consensus modèle ATT.

Lorsqu’en 2002 pour la première fois, le général ATT a voulu se présenter à la magistrature suprême du pays, nous avons été de ceux-là qui ont exprimé notre crainte de voir la démocratie malienne mise entre parenthèse pendant son régime car, sa candidature privait le pays d’une véritable alternance démocratique. Le parti Adéma venait d’imploser de nouveau donnant à IBK, de réelles chances d’être le nouveau président tout désigné de la République et des adversaires les opposants déterminés au sein d’une Assemblée nationale multicolore à la majorité fluctuante. Cette situation de démocratie ouverte, donnait au pays la chance indéniable de renforcer ses acquis, de mûrir notre jeune expérience.

Ce beau schéma, que presque tous les analystes et observateurs politiques de la scène malienne croyaient salutaire, a été mis de côté par la déclaration de candidature d’ATT après moult hésitations. Une fois élu, ATT a prôné le consensus national avec le souci de représenter dans son gouvernement toutes les sensibilités politiques, annihilant ainsi toute opposition à son gouvernement.

Le temps d’une opposition affirmée

La parenthèse ouverte depuis, peut se refermer maintenant si les adversaires vaincus de cette élection présidentielle se résolvent à assumer leur statut d’opposants lors du renouvellement de l’Assemblée nationale.
Les humeurs chagrines dont notamment le parti d’Ibrahim Boubacar Kéita a fait montre notamment au moment de la formation du nouveau bureau de l’Assemblée nationale et surtout lors de la résolution de la révolte, l’année dernière, des soldats touaregs intégrés dans l’armée nationale, ont eu le don de réveiller une opposition endormie comme sous l’effet d’un chloroforme.

Les coups tordus montés contre Tiébilé Dramé chargé par ATT, himself, de l’organisation du Sommet Afrique-France, la lucidité affirmée d’un Soumeylou Boubèye Maïga refusant de laisser son parti l’Adéma/PASJ dériver dans une léthargie assassine, ont fini de provoquer un réveil brusque d’hommes politiques de la première heure qui s’étaient laissés séduire par le consensus national soit par calcul politicien motivé par l’égoïsme et la méchanceté, soit par instinct de survie politique. En tous les cas, on a constaté le désir d’être dans le coche et surtout de ne pas être absent lors du partage du gâteau.

Les amis du président n’ont pas manqué de souligner la présence volontaire de membres de certaines de ces formations politiques qui avaient commencé à agir comme de véritables opposants au gouvernement avec des critiques ouvertes, souvent violentes et jamais innomées.

Quels que soient donc les développements futurs du scrutin présidentiel, les vaincus peuvent décider de donner suite à leur meeting après la proclamation des résultats le week-end dernier, quels que soient donc les événements à venir, il importe avant tout d’avoir à l’esprit qu’il est temps de fermer la parenthèse ouverte en 2002 et que rien ne doit la maintenir ouverte. Bref, il est temps de s’opposer, de contredire, de critiquer, de proposer autre chose face à l’ATTcratie.

Oussouf Diagola
(Paris)

08 mai 2007.