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De fait, l’entretien qu’ils ont eu avec lui une bonne heure durant sera émaillé de sourires voire d’éclats de rire, sans qu’aucun aspect de la vie politique et économique ait été occulté. C’était le dimanche 21 août 2005 sur Africable.
Une démocratie paisible

Certes avec près de 40 ans de pouvoir, le président gabonais est un dinosaure. Mais il affirme avoir suivi le chemin normal des cabinets et surtout, de n’avoir jamais cherché à renverser son prédécesseur Léon Mba : un clin d’oeil en direction des opposants qu’il dit bien connaître, puisqu’ils étaient tous en bonne place dans le parti unique avant de créer, à partir de 1990 (date universelle de la démocratisation, avec la chute du communisme), leurs propres partis.

Bongo n’est pas effrayé non plus par les militaires, qui ne manquent pas de doléances, mais à qu’il a dit, en toute franchise, qu’il connaît leurs besoins vrais, pour avoir fait lui aussi l’armée (NDLR Bongo est officier de l’air).

Si un des fils du président veut se présenter contre lui aux élections, qu’il le fasse ! Mais qu’aucun enfant ne croit qu’il sera investi dauphin par lui Bongo.

En tout cas, les cas de Kabila et d’Eyadéma n’arriveront pas au Gabon. Le successeur constitutionnel du président, dans ce pays, c’est le président du Sénat, et à défaut le vice-président.

Les coups d’Etat (souvent préparés de l’extérieur, selon le président Bongo) ne font que mettre les pays africains en retard. La Libye semble l’avoir enfin compris. Pourquoi est-ce arrivé encore en Mauritanie ?

Bongo reconnaît qu’il y a eu trop de tentatives de putschs en une seule année dans ce pays. Et il se demande si ce n’est pas l’équipe de Ould Taya elle-même qui a préféré prendre les devants en renversant le chef pour garantir les arrières.

L’Afrique de l’Ouest semble avoir quelque avance sur l’Afrique centrale, dans le domaine de l’intégration. A quoi cela est-il dû ? Oumar Bongo dira que c’est parce que les pays d’Afrique centrale sont riches et que cela les rend quelque part hautains.

En dehors de l’Afrique, le Gabon a des relations privilégiées avec la France. Il a toujours le président français au bout de la ligne, assure-t-il, et est reçu à tout moment par celui-ci quand il le demande.

Ce n’est sûrement pas le cas des Etats-Unis, dont aucun président n’est jamais venu au Gabon ! Quant à la Chine, Bongo y est allé neuf fois. Le Brésil est aussi intéressé par le Gabon, surtout à cause du manganèse.

A la question de savoir quelle est son opinion au sujet de la représentation de l’Afrique à l’ONU, Oumar Bongo a suggéré qu’on confie les postes de membres permanents avec droit de veto à de petits pays africains comme le Gabon si les grands prétendants ne s’entendent pas là-dessus.

Le Gabon n’est pas pauvre

Ce sont les Gabonais qui le disent pauvre, sinon, tel n’est pas sentiment de l’étranger qui débarque dans ce pays, a dit Oumar Bongo.

Ce qui est sûr, c’est que l’Etat gabonais assure des prestations sociales fortes : la santé y est gratuite pour les citoyens, l’emploi est assuré à tous les jeunes diplômés, qui ont, en plus, la bourse dès qu’ils sont bacheliers et même avant !

Cela va étonner plus d’un, mais la forêt équatoriale gabonaise est vierge à 85 %, selon le Président Bongo. Et, autre ressource naturelle et touristique de première importance, le Gabon a 800 kilomètres de plage maritime.

Qu’est-ce que le président pense du NEPAD ? On n’a pas les moyens de faire le NEPAD, déclare-t-il, péremptoire. Il faut de l’argent pour ça.

Cet argent est sans cesse annoncé, promis par l’Occident, mais on n’en voit pas la couleur, assure-t-il. Quant à la dette, il faut l’annuler pour tous les pays africains.

Les pays dits à revenus intermédiaires, dont le Gabon (qui demeure le seul sur les 4 pays africains qui figuraient sur cette liste) devraient bénéficier eux aussi de l’annulation de la dette.

El Hady Oumar Bongo Ondimba a répondu dans la simplicité et avec bonne humeur à des questions plus légères sur son nom Ondimba (c’est simplement son patronyme), sur son plat préféré (le manioc), sur ses rapports avec Gbagbo Laurent (on l’aime bien au Gabon et tout va bien après les excuses).

Sur la question de savoir ce qu’il pensait d’Africable, il a déploré que le Gabon n’y figure pas encore, alors que ce pays a conçu Africa n° 1 depuis les années 70.

Quel égoïsme, de la part des Ouest africains, a-t-il conclu, toujours souriant. En vérité, ce dinosaure est plutôt sympa !

Ibrahima KOÏTA

25 août 2005