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La 13e édition de l’Espace d’interpellation démocratique (EID) placée cette année sous le thème « EID, un moyen de contrôle de la gestion des affaires publiques », a été un moment fort d’émotion de révolte, tant les injustices ont encore de beaux jours devant elles au Mali.

Tribune d’expression populaire permettant aux citoyens de participer au contrôle de la gestion des affaires publiques les travaux de la 13e édition de l’Espace d’interpellation démocratique (EID) se sont déroulés le mercredi 10 décembre 2008 au CICB sous la présidence du Premier ministre, qui avait à ses côtes des membres du gouvernement, des chefs d’institution, des représentants des corps constitués et d’un public nombreux.

Cette année en décidant de jumeler l’organisation de la 13e édition de l’EID à la célébration du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme (10 décembre 1948), les autorités maliennes voulaient témoigner, à travers l’EID, du génie créateur du peuple malien.

Après la présentation des membres du jury d’honneur présidé par le Me Idrissa Seydou Maïga, bâtonnier de l’Ordre des avocats du Mali, le ministre de la Justice, Maharafa Traoré, a rappelé que le règlement intérieur de l’EID lui fait obligation de rendre compte du traitement accordé par le gouvernement aux interpellations faites au cours de l’édition précédente.

« Le nombre d’interpellation retenue pour la 12e édition était de 56 dont 28 ayant fait l’objet de rejet » , a rappelé M. Traoré qui a précisé que seuls deux départements n’avaient pas répondu à des « interpellations classées pour suite à donner ».

Les recommandations de la 12e édition de l’EID étaient relatives, selon lui, aux centres de détention, aux droits des femmes, aux droits des enfants, aux activités des sociétés minières, à la situation scolaire et aux élections.

Sur toutes les questions, dira le ministre, le gouvernement a fourni des efforts, principalement la poursuite de la politique de modernisation et d’humanisation par l’alimentation de la couverture sanitaire de la population carcérale.

Des membres du gouvernement interpellés ont donné des éléments de réponse sans que ceux-ci ne convainquent parfois certains interpellateurs comme c’est le cas des jeunes volontaires de l’Apej qui n’ont cessé de huer quelques fois le ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle.

Injustices à gogo

L’EID est sans doute une tribune pour les sans-voix qui ont exploré toutes les pistes pour que justice soit faite. De toutes les interpellations de la 13e édition, celles de Mme Djiré Oumou Sanogo, domiciliée aux 300-Logements à Garantiguibougou et Marie Bernard Sangaré, un inspecteur de police à la retraite, qui ont retenu l’attention des observateurs.

La première a interpellé le ministre de l’Artisanat et du Tourisme sur ce qu’elle a appelé la violation de la vocation d’une maison des 300-Logements transformée en un établissement d’artisanat et du tourisme par un couple. Située dans la rue 553 porte 158, la maison en question est contiguë à celle de Mme Djiré qui a révélé que des familles ont saisi le maire de la Commune V pour dire leur désarroi.

« Le comble est que les intéressés estimant être harcelés, ont porté plainte contre moi. Mon combat, c’est contre l’illégalité. J’ai quand même le droit d’élever mes enfants dans un environnement sain » , a-t-elle plaidé.

Pour sa part, Marie Bernard Sangaré a demandé aux membres du jury d’accorder une attention particulière à sa requête.

En effet M. Sangaré s’est vu déposséder de son champs de 5 hectares par un opérateur économique à Koulikoro. Il a affirmé avoir exploité son champ, un titre foncier (TF) acquis en 1985. Mais c’est vers les années 1992 que sa galère a commencé avec la subite apparition d’un richissime commerçant en possession de documents lui attribuant les 5 hectares de Marie Bernard Sangaré.

Selon la plaignante, le directeur des domaines a cédé son champ au 2e acquérant pour plus de 1,5 million F CFA. L’affaire a pris une tournure grave lorsque l’opérateur accompagné des éléments de la gendarmerie est parti abattre au Bulldozer tous les arbres fruitiers de son champ.

« Au cours d’une rencontre avec le procureur général de Koulikoro le préfet et le directeur des domaines ont reconnu que le lot m’appartient » , a noté Marie Bernard Sangaré qui a précisé que l’opérateur économique persiste à occuper son champ malgré des décisions de justices en sa faveur.

« Quand il a fini d’abattre tous mes arbres, il a procédé au morcellement. Je suis intervenue lorsque j’ai appris qu’il voulait vendre les parcelles à l’Energie du Mali (EDM-SA) » .

Apres 30 ans de service rendu à son pays M. Sangaré un sexagénaire a déploré le déficit de justice au Mali. Toutes choses qui permettent, « de raccourcir la vie des anciens ».

Au vu de tout ce qui a été dit au cours de cette 13e édition de l’EID, force est de reconnaître que le gouvernement malien, même s’il manifeste plus de volonté pour une justice équitable, a encore du chemin.

Amadou Waïgalo

12 Décembre 2008