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Les autorités maliennes ont sacrifié à la tradition, lundi 10 décembre, en organisant l’Espace d’interpellation démocratique (EID). Les membres du gouvernement étaient devant un jury d’honneur pour donner des réponses aux différentes interpellations des organisations, associations et des citoyens sur les atteintes aux droits individuels ou collectifs qui ont cours dans le pays.


Le 10 décembre, jour de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, est commémoré d’une façon particulière au Mali depuis 12 ans.
Lundi, les membres du gouvernement malien étaient « traduits » devant un jury d’honneur, appelé Espace d’interpellation démocratique (EID), afin de répondre aux différents griefs formulés par les organisations, associations et simples citoyens.

L’EID a pour objet de faire un état critique du respect des droits fondamentaux de la personne humaine. Sa finalité est de permettre aux pouvoirs et aux Maliens tout court, de se faire une idée sur les atteintes et les avancées des droits humains dans le pays et chercher les voies et moyens pour corriger les atteintes afin de construire une société véritablement démocratique.

A la 12e édition, lundi, au total 56 interpellations ont été reçues par la commission de recensement, 18 interpellations ont été « classées pour suite à donner », 10 retenues pour être lues, et 26 (soit plus du double du nombre des retenues à lire) ont été rejetées.

Onze interpellations ont été des contributions. Il s’agit toutes des contributions provenant des organisations et associations socioprofessionnelles et syndicales. Loin de faire la part belle aux gouvernants, ces couches de la société civile ont fait un véritable réquisitoire, dénonçant les atteintes graves aux libertés et aux droits individuels et collectifs en cours dans notre pays.

L’Observatoire des droits de l’enfant et de la femme (Odef), qui a eu l’honneur de monter en premier sur cette tribune d’expression, n’a pas tourné en rond. « En 1997, nous attirions l’attention des gouvernants sur le trafic d’une quarantaine d’enfants maliens âgés de 3 à 5 ans pour adoption par l’ONG Rayon du Soleil à des fins d’adoption en Europe. Dix ans plus tard, il est regrettable que ces mêmes pratiques puissent avoir cours avec l’Arche de Zoé au Tchad », a déploré l’Odef dans son intervention.

Et d’égrainer les violences subies par les enfants même dans leurs familles, les sévices des maîtres sur les écoliers, les brimades sur filles adolescentes en état de grossesse dans les centres de santé, le nombre élevé d’enfants ne disposant pas encore d’acte de naissance… Pour l’Odef, il est temps qu’une loi sur l’excision soit adoptée, tout comme un code de l’enfant et de la famille, qui sauvegarderait leurs droits.

De la même manière, l’Association de la défense des droits des détenus et ex-détenus n’est pas allée avec dos de la cuillère pour évoquer les atteintes aux droits humains de prisonniers et ex-prisonniers. Le manque d’unité sanitaire, de soins et de produits pharmaceutiques pour prisonniers, la surpopulation en milieu carcéral, la corruption de membres de la commission de grâce, le manquement aux droits d’une personne réputée être un ex-prisonnier… sont autant de maux qui jurent avec les droits humains.
L’Association a demandé au gouvernement de les éradiquer, surtout de créer une unité de soins pour prisonnier. Sur ce point, elle s’est réjouie de l’action du père Gaudier qui, chaque lundi, apporte des médicaments aux détenus.

Le PDHRE tout en reconnaissant que le pays a enregistré des avancées dans le domaine de la santé a recommandé la création d’un fonds national pour la prise en charge des urgences. Cette urgence se fait sentir surtout dans les cas d’accidents de la circulation, devenus nombreux sur nos routes. Rien qu’en 2006, il y a eu 17 512 accidents de circulation pour 9427 décès et 31 600 blessés, selon le FIDH.

Du haut de la tribune d’interpellation, cette association a souligné qu’il s’agissait là, de la 2e cause de mortalité au Mali. Elle impute ce drame aux décideurs parce que, a-t-elle argumenté, incapables d’assurer la sécurité sur les voies, de construire des routes en bon état… et de sévir en appliquant les lois. La FIDH s’est érigée d’ailleurs contre le projet de construction de deux passerelles à Bamako et demandé de surseoir à son exécution car, à son avis, ces passerelles ne constituent nullement une réponse à l’insécurité sur nos routes.

La peine de mort, un sujet d’actualité sur lequel les attentions restent focalisées n’a pas été occulté. Le projet a le soutien du Barreau malien qui voit en la suppression de la peine de mort, le respect du caractère sacré de la vie et recommande au gouvernement de poursuivre les concertations, mais surtout de ne pas céder à la pression des religions.

Pour sa part, l’Association pour la défense des droits de la femme (APDF) voit en la nomination de femmes ministres un signe positif dans le respect des droits de la femme et de l’égalité de sexe.

En ce qui concerne la Commission nationale des droits de l’Homme, son représentant recommande son institutionnalisation par une loi et son rattachement à la Primature. Cette Commission, que préside Me Amidou Diabaté, a été créée par décret du président de la République et est rattachée à la présidence. Elle n’a pas de budget de fonctionnement, ce qui explique son inefficacité.

Denis Koné

11 Décembre 2007.