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Les soucis du rectorat et de l’AEEM divergent notablement, installant une espèce de dialogue de sourds qui commence peut-être à se dissiper

Les universités ont rouvert leurs portes le 16 janvier dernier. Mais les cours se sont brutalement arrêtés le 20 février à l’Université des sciences juridiques et politiques de Bamako (USJPB) face au refus du recteur, Salif Berthé, de reprendre des étudiants restés en rade. Ces derniers qui n’étaient pas parvenus à s’inscrire viennent de l’ex Centre d’enseignement supérieur de Bamako (CESB) et de l’ex-FSJP. Pour Salif Berthé, ces deux cents étudiants n’étant pas régulièrement inscrits dans leur faculté d’origine, ne sauraient intégrer la nouvelle université, l’USJPB.

Le secrétaire général du comité de l’Association des élèves et étudiants du Mali de l’USJPB, Sékou Diallo, professe un tout autre point de vue. Il s’agit, dans son entendement, de 459 étudiants du CESB qui étaient bien inscrits dans leur établissement mais qui ont été pénalisés par l’arrêt prématuré des inscriptions le 20 décembre 2011 et le fardeau du paiement de 25 000 Fcfa de frais d’inscription. Depuis, étudiants et administration se renvoient la responsabilité du clash. Pour désamorcer la crise, le recteur de l’USJPB a consenti à l’inscription des étudiants en question mais toujours contre le paiement de la pénalité de 25 000 Fcfa et leur répartition entre la faculté de droit public et celle de droit privé.

Nouvelle levée de boucliers du côté du comité AEEM des deux facultés qui exige la reprise des inscriptions sans aucune pénalité pour tous les étudiants non-inscrits, l’orientation des 6000 étudiants de 2ème année de l’ex-Faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP) à la faculté de droit privé et la réorientation de la totalité des 2000 étudiants de l’Ex-CESB à la faculté de droit public. Le syndicat estudiantin conditionne la reprise des cours à la satisfaction intégrale de ses exigences et y veille scrupuleusement. Chaque matin, ses représentants montent ainsi un piquet de grève pour dissuader les éventuels candidats à la reprise des cours.

Le recteur de l’Université des sciences juridiques et politiques de Bamako souligne que l’établissement a largement dépassé son quota admissible de 7000 étudiants en acceptant d’intégrer en son sein près de 10 000 étudiants. Salif Berthé estime que l’université, déjà chargée à ras bord, va droit au naufrage avec le schéma tracé par le syndicat estudiantin. La faculté de droit privé compte à ce jour 7629 inscrits et celle de droit public 2283 étudiants inscrits. Cette comptabilité alarmante semble laisser de marbre le secrétaire général du comité AEEM de l’USJPB. Sékou Diallo rejette ainsi la responsabilité des troubles sur le rectorat qui n’a pas suivi les consignes du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique qui avait décidé que les inscriptions commençaient le 1er novembre pour s’achever le 31 décembre.

Dès le 20 décembre, souligne Sékou Diallo, le recteur de l’USJPB a décidé d’arrêter les inscriptions au motif que l’établissement avait fait le plein alors que beaucoup d’étudiants tablaient sur un délai d’inscription courant jusqu’à fin décembre. Ainsi plus de 1000 étudiants sont restés à quai et toutes les négociations pour infléchir le rectorat ont été vaines, accuse Sékou Diallo en ajoutant que le rectorat avait encore aggravé la situation en décidant de frapper les étudiant de l’ex-CESB d’une pénalité de 25000 Fcfa pour pouvoir s’inscrire au lieu de 6.000 Fcfa.

Dernier grief de l’AEEM : le démarrage de la spécialisation fixé en 3è année de fac. Le syndicat étudiant exige que cette spécialisation débute dès la première année entre étudiants en droit public et en droit privé. Le secrétaire général du syndicat estudiantin de l’USJPB relève qu’aucun texte ne limite le nombre d’étudiants des facultés et n’exige le paiement de pénalités pour se faire inscrire. « Mon ambition n’est pas d’empêcher mes camarades de prendre leurs cours aussi je reste ouvert au dialogue avec le rectorat.

Comme le recteur a cherché à me rencontrer, j’ai dit à mes camarades réintégrer les classes », a indiqué, hier, Sékou Diallo. Il y a de fortes chances qu’il soit entendu car de nombreux étudiants ont hâte de reprendre les cours même s’ils pointent toujours du doigt une administration universitaire pourtant désireuse de mettre de l’ordre dans la maison après des années de laisser-aller. Le rectorat et l’AEEM sont, en fait, condamnés à s’entendre car leurs efforts conjoints ne seront pas de trop pour surmonter ce qui semble déjà insurmontable à l’USJPB : le décalage entre un effectif monstre et des installations et un corps professoral forcément insuffisants.

Mardi 13 mars 2012, par Sidi Yaya Wagué

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