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En mettant bout à bout les moments de récriminations, de grognes, de préavis de grève et de grèves de l’AEEM et des syndicats d’enseignants, l’on comptera certainement plus de jours chômés que d’heures pendant lesquelles les classes ont été effectivement tenues.
La maladie de l’école est si évidente que son hospitalisation s’impose. Pourtant, l’on semble vouloir la guérir par un simple échange d’amabilités.

Le dernier rantanplan est venu de la FEN (Fédération de l’Education Nationale) qui a tenu le jeudi 6 mars une conférence de presse dans l’enceinte de la CSTM. Celle-ci a eu lieu, presque un mois jour pour jour, après celle animée le 5 février dernier par le ministre des enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique, Pr. Amadou Touré. Elle donne ainsi à penser que la FEN a bien mûri sa réplique avant de la servir, telle la réponse du berger à la bergère, à l’autorité de tutelle. « Si le gouvernement ne réagit pas à nos revendications, la FEN sera obligée de perturber l’école », a lancé Youssouf Ganaba, son secrétaire général.

Il s’agit, bien entendu, de réactions nécessairement positives. Quant à la menace, elle couvre, on s’en doute, celle proférée un mois plus tôt par le ministre Touré à l’endroit des enseignants qui obéissent aux mots d’ordre de grève : « Chaque fois que les enseignants observent une grève, il y aura désormais une retenue sur leurs salaires. Nous allons appliquer la loi avec fermeté. L’Etat doit être suffisamment autoritaire. Si l’on remboursait les retenues sur les salaires des enseignants, je réserverais mon attitude… ». La menace a évidement débordé sur l’Etat, interpellé dans sa responsabilité.

Mais quelle est cette école pour laquelle on s’invite ainsi à un duel à mort ? Pour le ministre Touré : « Nous n’avons pas d’école, le niveau est exécrable ». Youssouf Ganaba confirme : « Notre pays est, aujourd’hui, dans une situation de non école ». Et Pr. Touré : « Nous n’avons pas d’école, surtout au niveau supérieur… ». Et encore Youssouf Ganaba : « La preuve, la majorité des écoles du supérieur n’ont pas commencé les cours ».

Le ministre a ses explications : « Nombreux sont les enseignants qui n’exécutent pas correctement leurs tâches… Le mot d’ordre de rétention des notes décrété par les syndicats a retardé la proclamation des résultats de l’année universitaire 2006-2007 et le démarrage de la nouvelle année ». M. Ganaba renchérit : « Il n’y a pas eu d’évaluation à la base. Pire, les formateurs ne sont pas bien formés… ».

Bref, l’école malienne est malade. De niveau bas, puis faible, on en est arrivé à niveau exécrable ; de pas d’école ou de situation de non école à formateurs mal formés. L’école est tout simplement tombée de Charybde en Scylla. Faut-il, pour autant, désespérer ?

Non, selon le ministre Touré qui déplore que « Les mêmes enseignants ne font pas de grève dans les écoles privées. Ce qui nous amène souvent à réfléchir à une éventuelle privatisation de l’école » et, mieux, il annonce qu’un « Conseil supérieur de l’Education verra bientôt le jour ; les injustices seront corrigées et, enfin, les textes réglementant les droits et les devoirs des enseignants rendus plus lisibles ».

Optimisme, certes, rétorque Youssouf Ganaba. Tout de même, renchérit-il, en raison de leurs attitudes discourtoises frôlant le mépris, voire l’injure, « Nous sommes prêts à discuter avec tout le département, mais pas avec les deux ministres en charge de l’école malienne jusqu’à nouvel ordre ». Comme si ce message n’était pas suffisamment expressif, M. Ganaba reformule : « Le gouvernement peut nous convier à parler de nos problèmes, mais nous ne voulons pas que les deux ministres participent aux discussions ». Reste à espérer qu’on ne passera pas du jeu des pétards à l’utilisation de la grosse artillerie.

Amadou N’Fa Diallo

10 Mars 2008.