Partager

Concernant l’éducation au Mali, tout se passe comme si personne ne voulait le bien du pays. Alors que l’année scolaire et académique avance à grand pas vers sa fin, les enseignants et les autorités se livrent à un dialogue dont l’issue est pour le moins incertaine. Dans un tel contexte, c’est la chute de la qualité des produits de l’école qui s’accentue. Grâce au silence coupable de tous!

Sachez tout d’abord que le système éducatif malien a cessé de briller. Il est l’un des moins performants au monde. Triste réalité, mais c’est ainsi. Près de 70 % de la population n’est pas instruite. Cette frange de la population n’a donc cure de la piètre performance des enfants à l’école.

Pas étonnant qu’elle soit indifférente face à la corruption scolaire ou à l’extrémisme des profs syndiqués. L’enseignement fondamental enregistre pour le premier cycle un taux brut de scolarisation d’environ 55,6 % en 1999 (46 % pour les filles).

Il est à noter également que le taux de scolarisation est plus faible en milieu rural qu’en milieu urbain. Les redoublements sont très accentués et les inégalités entre filles et garçons s’accroissent au fur et à mesure qu’on avance vers les études supérieures.

Fatoumata Ba Diallo, une spécialiste de l’éducation, analyse cette inégalité. « Le montant des dépenses allouées à l’éducation varie dans une proportion de 1 à 15 entre le groupe des très pauvres et celui des non pauvres. Entre pauvres et très pauvres, la proportion est de 1 à 2. En revanche, dès que l’on passe le seuil de pauvreté, les dépenses d’éducation sont multipliées par plus de 9 ». Ainsi, on peut considérer que la qualité de l’éducation est très faible car il y a pénurie de ressources humaines. Parallèlement à ce problème, le personnel recruté est peu qualifié, le nombre d’heures d’enseignement effectif est faible et les salles de classes sont bondées. Mais parmi les facteurs qui expliquent la faiblesse des indicateurs de l’éducation, nous pouvons citer le milieu de résidence, le coût élevé des études, l’éloignement des écoles, le besoin de main d’œuvre au moment des activités agricoles, la perception négative de l’utilité de l’école pour ne citer que ces cas. Le problème de l’école malienne, c’est aussi des investissements inefficaces dans l’éducation de base. Ces dernières années, il y a une évolution sensible des investissements dans le secteur éducatif. Les dépenses allouées à ce secteur sont ainsi passées de 19 milliards 646 millions de francs CFA en 1992 à plus de 50 milliards en 1998. Donc, en l’espace de 7 ans, ces dépenses ont doublé. Mais ce qu’il faudrait surtout comprendre ici, c’est que la volonté du gouvernement de faire de l’éducation de base une priorité (car il s’agit bien là de l’éducation de base) lui a été inspirée par la nature des financements. En réalité, si l’éducation de base a fait l’objet d’une attention toute particulière de l’Etat malien et de ses “partenaires” techniques et financiers, cela s’est fait au détriment de l’enseignement supérieur», a déploré Fatouma Ba Diallo.

Cette stratégie vise à scolariser un grand nombre d’enfants issus de familles défavorisées. C’est ainsi que l’éducation de base reçoit 59 % des budgets de l’éducation, le secondaire général 16 %, le secondaire technique et professionnel 10 % et le supérieur 15 %. En outre, il convient de signaler qu’au Mali ce sont l’Etat, les Associations de Parents d’élèves, les communautés, les comités locaux de développement, les municipalités et les promoteurs privés qui constituent les principales sources intérieures de financement de l’éducation.

Pour les sources extérieures, 50 % proviennent de la coopération bilatérale (les aides les plus récentes proviennent de la France, du Canada, de l’USAID, de la Norvège et du Japon). La part de l’aide multilatérale représente 35,8 % (parmi les institutions qui financent l’éducation au Mali, il faut citer la Banque Mondiale, la BID, l’UNICEF, le FAD, le FED, l’UNESCO). Le reste, soit 6,2 %, est fourni par les ONG.

Le taux net de scolarisation au Mali, bien que culminant à 38,2 % en 1997/98, reste en deçà de la scolarisation universelle. Et l’écart se maintient entre la scolarisation des garçons et celle des filles. On peut donc en déduire que les dettes contractées ces dernières années dans le domaine de l’éducation n’ont aidé à relever le secteur éducatif que très faiblement.

l est important de noter que trop peu des enseignants du primaire sont qualifiés. On assiste de plus en plus à la mise en œuvre de la politique de vacatariat (contrats périodiques) et de volontariat. Cette politique nuit à la qualité de l’enseignement si des mesures sérieuses d’accompagnement ne sont pas mises en œuvre.

Parmi les nombreux problèmes qui ont entravé le développement du système éducatif au Mali, les plus durs ont été et demeurent encore les conditions que nous imposent certains partenaires techniques et financiers. Les politiques d’ajustement structurel minent considérablement notre système éducatif.

«Si la double vacation a augmenté le taux de scolarisation, elle a en revanche détérioré la qualité de l’enseignement. Les horaires journaliers et hebdomadaires de cours ont en effet diminué et, sur le plan social, certaines conditions ont provoqué le mécontentement des syndicats d’enseignants, des associations et des parents d’élèves qui y voient un enseignement au rabais», a commenté Fatoumata Ba Diallo.

Soumaila T. Diarra

04 mars 2008.