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La cantine de l’établissement est fermée par manque de vivres. Les deux bus pour le transport des élèves sont aussi en panne depuis 4 ans

À l’instar de la communauté internationale, notre pays célèbre, demain, la Journée mondiale de l’enfance sous le thème national : «Un système de protection renforcé pour une protection des droits adaptés à chaque enfant». Cette journée se veut une fenêtre de plaidoyer pour le respect des droits des enfants. Malheureusement, les mômes semblent être lésés dans certaines situations comme à l’école pour déficients auditifs où la méthode d’enseignement est la langue des signes.

L’établissement situé à l’Hippodrome compte un effectif de 269 élèves, dont 100 filles (premier et second cycles confondus). Il vit des jours difficiles parce que la cantine scolaire est fermée par manque de vivres, depuis l’année dernière. Les deux bus qui servaient à transporter les élèves sont en panne depuis 4 ans.

En 6è année, Diakaridia Coulibaly, un enseignant sourd muet de 39 ans, lit un texte. Chaque fois qu’il pose le bâton sur un mot, les élèves répètent en faisant des signes. Mamadou Traoré, déficient auditif de 16 ans, est dans cette classe.

La directrice du 1er cycle, Mme Traoré Namata Berthé, nous interprète les propos de l’adolescent inscrit dans cet établissement par un oncle. Il est content d’y être parce qu’il arrive à s’exprimer et se faire comprendre dans la langue des signes. Balakissa Maïga, sourde et muette, y donne des cours après avoir décroché le Diplôme d’études fondamentales (DEF) dans le même établissement. Elle participe aussi à la sensibilisation sur la planification familiale (PF).

Des contraintes majeures-Le directeur exécutif par intérim de l’Association malienne des sourds (Amasourd), Balla Keïta, rappelle que l’école pour déficients auditifs de l’Hippodrome a été créée en 1991 par son association. Elle est l’une des deux écoles du genre à Bamako. Mais on en trouve aussi à Koulikoro, Ségou, Sikasso, Koutiala et Tombouctou.
L’établissement situé à l’Hippodrome compte un effectif de 269 élèves

Le responsable de l’Amasourd évoque avec un pincement au cœur la fermeture de la cantine scolaire par manque de vivres. Selon lui, cette situation a contraint l’administration scolaire à suspendre les cours de l’après-midi. Balla Keïta se souvient que des partenaires financiers donnaient un coup de main dans ce sens. Il explique, sans langue de bois, que l’école pour déficients auditifs n’a jamais bénéficié du moindre soutien du Centre national des cantines dans notre pays.

Il annonce que le Comité de gestion scolaire (CGS) va entreprendre des démarches auprès de la mairie de la Commune II pour bénéficier de la cantine scolaire. Le manque d’orthophoniste, depuis 2014, d’infirmier et de psychologue sont aussi des soucis. Balla Keïta suggère la création d’une cellule spéciale à l’Institut de formation des maîtres (IFM) pour la formation des enseignants en langue des signes et la création des conditions d’accès aux études secondaires et supérieures pour les sourds.

Namata Berthé déplore une insuffisance de documentations appropriées et des difficultés d’insertion pour déficients auditifs. Elle note tout de même queparmi son personnel enseignant, il y a 6 sortants de l’établissement. La pédagogue invite l’état à créer les conditions d’apprentissage inclusif. Sans lesquelles, il est difficile pour les déficients auditifs de poursuivre les études.

Aboubacar Sangaré, le directeur du second cycle de l’établissement, indique que le manque de logistique pour le transport a amené beaucoup d’élèves à abandonner l’école. Pour l’année scolaire 2020-2021, l’école a enregistré un taux d’admission de 70% au DEF, soit 31 admis sur 44 candidats. Ces enfants studieux sont obligés de mettre fin à leurs études du fait que les conditions d’enseignement dans les écoles secondaires et professionnelles ne sont pas adaptées à leur handicap.

La Convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par notre pays, stipule dans son article 28 : «Les états parties encouragent l’organisation de différentes formes d’enseignement secondaire, tant général que professionnel, les rendent ouvertes et accessibles à tout enfant… »

Selon un responsable de l’ONG Humanité et Inclusion, la déclaration de Salamanque de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) indique que les personnes ayant des besoins éducatifs spéciaux, doivent pouvoir accéder aux écoles ordinaires, qui doivent les intégrer dans un système pédagogique centré sur l’enfant, capable de répondre à ces besoins.

Mohamed D. DIAWARA

SOURCE : ESSOR