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Au cours des crises successives qui ont secoué l’école ma-lienne, on constate que chaque sortie des syndicats constitue un drame à répétition. La preuve : entre le gouvernement et les différents syndicats de l’enseignement, la méfiance s’accentue. Et les avancées deviennent aussitôt des reculs.

Alors que l’on croyait la guerre finie du côté des professeurs du supérieur, ces derniers reviennent à la charge, après une accalmie de 6 mois pendant lesquels ils ont attendu trop longtemps. L’exécutif devait particulièrement veiller au respect de ses engagements envers le Snesup (Syndicat national de l’enseignement supérieur).

Mais rien à faire, le département des enseignements avait oublié, entre temps, qu’il avait signé un accord.
Ce fut d’ailleurs en vertu de cet engagement que les enseignants du supérieur ont voulu reprendre les cours.

L’ordre s’était un peu rétabli dans nombre de facultés, à l’exception de celles issues de la défunte Faculté des sciences juridiques et économiques. La scission de cette dernière a donné naissance à la Faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP) et à la Faculté des sciences économiques et de gestion (FSEG).

Dans ces facs, un groupe de profs se réclamant du Syndicat national pour l’éducation et la culture (SNEC) s’est barricadé derrière cette appartenance pour rejeter la paix signée en novembre 2007.

La confusion créée par cette décision a joué sur le calendrier des examens de fin d’année au niveau des deux facultés où une année académique paradoxale a commencé, il y a moins de trois semaines.
Au niveau secondaire, la fièvre continue de plus belle. Ni les femmes, ni les griots et notables, dépêchés en mission de médiation récemment, n’ont réussi à concilier le département et la COSES (Coordination des syndicats de l’enseignement secondaire).

La décision de ne pas évaluer, plus qu’une arme, a la valeur d’un serment pour ces syndicalistes. Mais ils jurent, la main sur le cœur, que si le gouvernement accepte de tenir autrement compte de leurs doléances, le blocage actuel n’ira pas loin.
Mais le ministre Touré en a décidé autrement.

Il vient de prendre la décision d’organiser l’évaluation des élèves dans les lycées et écoles secondaires publics en vue de préparer les examens nationaux. Ainsi, le “19 mai 2008, les élèves en terminale seront évalués, que la COSES le veuille ou pas”, dit le ministre.
Dans cette atmosphère de confusion, les établissements privés, qui constituent le gros du secondaire, ne savent plus où donner de la tête.

Une rencontre entre leurs représentants et le ministre des enseignements, le Pr. Amadou Touré, a montré qu’ils sont prêts à toutes sortes de compromis pour sauver l’année académique. Certains se disent mêmes prêts à se substituer aux enseignants du public pour surveiller les examens et corriger les copies. Et après ? C’est là la question.

Le niveau primaire a jusque là gardé profil bas ces derniers temps. Pourtant, il n’y manque pas des grincements de dents. La présente accalmie s’expliquerait par le fait que la Fédération de l’Education nationale (FEN), principal syndicat du primaire à travers le SYLDEF, a décidé de boycotter les deux ministres en charge de l’éducation.

Le syndicat menaçait de troubler la quiétude qui prévalait dans l’enseignement fondamental, peu après une grande marche pacifique a été organisée à travers tout le pays. La situation actuelle augure de mauvais jours pour l’école malienne. La méthode choisie par le ministre pourrait être lourde de conséquences.

De toutes les façons, il finira par retrouver sur son chemin les enseignants qu’il veut bouder. Qu’adviendra-t-il alors de l’école, après ce tour de force? Nul ne le sait précisément. Ce qui est sûr, c’est la marche à reculons qui s’accélère.


Soumaila T. Diarra

16 Mai 2008