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En moins d’une dizaine de jours, l’Association des élèves et étudiants du Mali (Aeem) a alerté, à deux reprises, l’opinion nationale sur les difficultés de l’école malienne. Le dernier point de presse que ses responsables ont animée le 20 mai 2013 s’est soldé par une menace de grève générale. «Nous comptons changer notre stratégie de lutte» pour faire aboutir les doléances, fulmine le secrétaire général de l’Aeem, Sékou Diallo.

Il faut dire que les établissements d’enseignement supérieur observent depuis hier une grève de quarante huit heures. Ce mouvement vise à protester contre le retard du paiement des trousseaux et bourses dans plusieurs établissements universitaires. L’inégale répartition de ces fonds anime l’inquiétude des étudiants qui crient à une tentative de détournement, selon les responsables de l’Aeem. A l’exception de l’école normale supérieure (Ensup) et de la faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP), tous les établissements universitaires se trouveraient dans cette situation. Dans une même faculté, on trouve des étudiants qui ont perçu leurs trousseaux ainsi que trois à six mois de bourses tandis que beaucoup attendent encore. Cette inorganisation, selon l’Aeem, est inadmissible cinq à sept mois après l’ouverture des classes.

En plus de cette question financière, l’exclusion de deux responsables du comité Aeem de l’Institut de formation des maîtres (IFM) de Sikasso, irrite les étudiants. Après trois missions de médiation à Sikasso et des démarches au niveau du ministère de l’éducation, de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales, l’organisation estudiantine en vient à la conclusion suivante : ni la direction de l’IFM ni le département n’ont la volonté de résoudre ce problème. Selon le secrétaire général de l’Aeem, une décision de renvoi d’un étudiant doit intervenir après une sanction intermédiaire d’au moins deux semaines.

Mieux, l’acheminement des conclusions du conseil de discipline décidant de l’exclusion au ministère de l’éducation sans avoir passé par l’académie d’enseignement convainc les leaders estudiantins qu’il s’agit ici d’une conspiration contre les intéressés. Exaspérés, les leaders estudiantins menacent : « Nous n’avons pas les moyens de les obliger à les [élèves exclus] faire entrer en classe mais nous avons les moyens de les rejoindre dans la rue !». Selon le secrétaire aux revendications, Issiaka Sidibé, tous les efforts de médiation sont restés vains. D’où cette interpellation de l’opinion publique. « Notre ambition est de terminer l’année scolaire et universitaire en toute quiétude », assure Moussa Maïga dit Obama, secrétaire à la communication de l’AEEM. « Les autorités veulent nous amener sur un terrain glissant afin de profiter de la situation », a fulminé Sékou Diallo.

« Nous n’allons pas nous laisser faire », a indiqué le secrétaire général, faisant allusion à la sensibilité de la période vers laquelle s’achemine le pays : l’élection présidentielle de juillet prochain. Cette perspective électorale laisse planer le risque d’une fermeture des établissements scolaires et universitaires avant les examens de fin d’année. Toute chose qui n’arrange ni le gouvernement ni les élèves et étudiants. C’est pourquoi cette initiative d’information « avant toute complication de la situation », selon Issiaka Sidibé.

Seydou Coulibaly – © AFRIBONE – Le 21 Mai 2013