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Ainsi, pour le seul mois de février, les élèves viennent d’enregistrer deux grèves déclenchées par les syndicats d’enseignants.

Hier les établissements d’enseignement fondamental public ont été ainsi paralysés par un débrayage largement suivi dans les écoles fondamentales de la capitale que nous avons visitées. Cette grève de la Fen intervient seulement une dizaine de jours après celle observée par la Coordination des syndicats de l’enseignement secondaire (Coses) juste au début du mois (voir l’Essor du 4 février).

Cependant, si les enseignants du Syndicat national de l’éducation et de la culture (Snec) avaient largement suivi le mouvement de la Coses dans le secondaire, ils se sont cette fois démarqués du mot d’ordre de la Fen, sans parvenir à le faire échouer. Certains enseignants du Snec ont travaillé dans des conditions rendues difficiles par la présence, dans la cour des élèves et des enseignants grévistes.

Aux environs de 9 heures, au groupe scolaire de Daoudabougou qui compte 3 premiers cycles et 2 seconds cycles, une atmosphère de récréation régnait dans la cour : la plupart des salles de classes étaient vides, les élèves jouaient tandis que les directeurs et le coordinateur de l’établissement étaient occupés à établir leur rapport pour cette première journée de grève. Les cours étaient dispensés dans seulement une classe de 3è année et une autre de 1ère année, tenues respectivement par une enseignante du Snec et un stagiaire.

Yacouba Traoré est directeur d’école au groupe scolaire de Daoudabougou G qui compte une dizaine d’enseignants dont la plupart sont des contractuels affiliés à la Fen. Ils ne sont pas présentés à l’école hier matin, contrairement à Mme Kéita Fanta Sakiliba, une enseignante militante du Snec qui tentait, malgré le brouhaha d’assurer son cours.

A Daoudabougou second cycle II, les 13 enseignants de la Fen sur les 18 que compte l’école, ont débrayé, confirme Rémy Koné, le directeur de l’école qui n’a pas eu plus de chance que son homologue de Daoudabougou second cycle III, Diakalia Camara. Ce dernier enregistre 16 absences sur les 19 enseignants placés sous sa responsabilité.

Les élèves du groupe scolaire de Kalaban coura, qui comptabilise 5 seconds cycles et 6 premiers cycles, ont eux aussi été victimes de la grève. Les classes étaient quasiment désertes et les élèves se marchaient sur les pieds dans la cour de l’établissement.
La directrice de l’école IV, Mme Koné Fatoumata Poudiougou, constate que sur les 10 enseignants que compte son école, 3 seulement sont absents.

A Kalaban second cycle V, les 10 enseignants contractuels de l’école militent à la Fen et ne se sont pas présentés hier matin, au grand dam de la directrice de l’école, Mme Traoré Coumba Sy.

Même constat au groupe scolaire de Sabalibougou avec ses 4 seconds cycles et 6 premiers cycles. Ici aussi une grande partie des enseignants estampillés Fen a suivi le mouvement de grève.

Be COULIBALY


On se parle sans s’entendre

La Fédération de l’éducation nationale (Fen) a décrété une grève de 72 heures, depuis hier pour obtenir la satisfaction de doléances touchant aux rappels consécutifs au reclassement et à une augmentation des salaires des fonctionnaires. Le syndicat explique que dans des régions comme Mopti, le reclassement n’a pas été effectué et qu’à Koulikoro, le retard remonte à 2004. A Bamako et dans les 3è et 4è Régions, les contractuels, assure la FEN, attendent toujours certaines augmentations.

Au ministère de l’Education de base, de l’Alphabétisation et des Langues nationales, le secrétaire général Aboubacrine Alfa et le chargé de mission et des partenaires sociaux, Ould Abdrahamane, soutiennent que cette revendication est entièrement satisfaite. Pour eux, il n’y a plus de problème à ce stade, même si des retards existent dans certains CAP.
La Fen court aussi après l’octroi d’une prime de logement pour ses militants.

Une doléance assimilée à tort à une prime de résidence, souligne Youssouf Ganaba, le premier responsable du syndicat. La fédération tient à cette prime en arguant que l’enseignant est un des rares fonctionnaires à travailler autant à l’école qu’à la maison. « La préparation des cours, la correction des devoirs se font à la maison. Pour toutes ces raisons nous croyons qu’un logement décent est indispensable aux enseignants« , explique le secrétaire général de la Fen.

Le département l’éducation de base parle à ce propos d’un blocage d’ordre financier et non d’un rejet systématique de la revendication. « Il ressort des recommandations du forum sur l’éducation qu’il faut améliorer les conditions de vie des enseignants mais actuellement, les ressources de l’Etat ne permettent pas d’y faire face », s’y défend-t-on.


Réelle pomme de discorde cette fois :
l’intégration des contractuels à la fonction publique des collectivités. L’Etat la propose, la Fen la rejette n’y percevant aucune garantie pour le plan de carrière de ses militants. L’intégration, la Fen l’envisage uniquement dans la Fonction publique de l’Etat. Aboubacrine Alfa assure pourtant que la fonction publique des collectivités apporte toutes les garanties exigées, notamment celles touchant au plan de carrière.

Il y a 2 ans, rappelle Youssouf Ganaba, la Fen avait obtenu du ministère de tutelle une révision annuelle à la hausse du taux des indemnités des examens et concours. C’est ainsi qu’en 2007, une augmentation de 40 à 60 Fcfa par copie a été acceptée par le syndicat avec l’espoir d’une hausse plus conséquente les années à venir. A l’époque, cet épisode avait donné lieu au sein de la fédération à une virulente opposition qui avait débouché sur une scission et la création de la Coordination des syndicats de l’enseignement secondaire (Coses).

Aujourd’hui, la Fen réclame au ministère de l’Education d’honorer ses engagements et demande en sus une augmentation des primes de responsabilité des directeurs d’école, des censeurs et surveillants généraux. Le taux des primes de responsabilité remonte aux années 1980, souligne Ganaba. Ces primes vont de 5 000 à 75 000 Fcfa, suivant l’importance de l’école pour les directeurs dans le fondamental tandis que les censeurs gagnent 6 500 Fcfa et les surveillants du secondaire 6 250 Fcfa. Très insuffisants, juge la Fen.

Explications du ministère : la majoration des primes des examens et concours devait être négociée chaque année en fonction des moyens de l’Etat. Pour les primes de responsabilité, ce sont les syndicalistes qui ont refusé les propositions l’année dernière. « Cette année aussi des simulations seront effectuées puis des propositions leur seront aussi faites », promet-on au ministère de l’Education de base.

C. DIAWARA

Essor du 18 Février 2009