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La réforme de 1962 au Mali était fortement inspirée de la volonté politique de bâtir un système éducatif ancré dans les valeurs culturelles du milieu. Ce fut une rupture véritable avec l’école coloniale.Elle fut une véritable révolution dans le contexte de l’époque, expérience remarquable et remarquée en Afrique et dans le monde, saluée et soutenue par l’UNESCO, elle a servi de source d’inspiration, de modèle un peu partout dans le monde.

En effet, la réforme au Mali s’est manifestée par la création des centres d’alphabétisation. Les langues nationales furent mises à contribution, les recherches linguistiques fortement encouragées permirent d’établir les règles de la transcription, des grammaires et des lexiques furent produits.

De nombreux ouvrages pédagogiques et manuels scolaires et de post-alphabétisation furent édités. Le bilan fut largement positif sur le plan aussi bien quantitatif que qualitatif. La réforme de 1962 fut un modèle expérimental qui constituait à terme une menace pour le système éducatif mis en place par le colonisateur.

Les contraintes à l’application

Si dans son esprit, la réforme fut remarquable, dans son application, elle se heurta à de nombreuses difficultés sur le terrain à savoir : insuffisances des ressources humaines qualifiées, modicité des moyens matériels et financiers, manque de préparation, etc. Elle se développa dans un contexte d’hostilité de l’ancienne puissance coloniale qui avait réussi à imposer au Mali un blocus économique et financier de fait avec le concours de la plupart des pays voisins.

Ainsi, le coût d’Etat militaire de novembre 1968 vint mettre un terme brutal à une expérience qui avait suscité beaucoup d’espoir. Dans les grandes lignes, ce fut un retour au modèle éducatif préconisé et soutenu par la France.

Plusieurs décennies plus tard, il conduisit à un échec global de l’école un peu partout en Afrique. Les taux de scolarisation ne réussirent pas à décoller de façon significative. Les taux de déperdition restèrent malgré tout fort importants.

La formation des formateurs piétinant les programmes d’ajustement structurels finirent par ruiner tous les efforts colossaux consentis parfois après de lourds sacrifices de la part des populations. La crise généralisée des systèmes éducatifs partout en Afrique conduisait à des secousses sociales endémiques. Dans certains cas comme le Mali, elle fut l’étincelle qui alluma l’incendie et balaya en mars 1991 le régime de dictature militaire qui régna plus de deux décennies.

Les raisons essentielles de la crise généralisée des différents systèmes en Afrique sont leur manque d’ancrage dans les réalités économiques et culturelles de leurs milieux d’accueil respectifs. Les réformes tentées pour utiliser les langues nationales comme médium d’enseignement ne dépassèrent pas le stade expérimental. Dans la plupart des cas, la langue étrangère, le français reste prépondérante.

Dans les faits, les langues nationales ne sont utilisées que pour mieux assurer la pérennité de la langue française. Par ailleurs, les programmes de formation restent largement inadaptés. Il ne tiennent nullement compte des préoccupations des populations ni de leurs besoins fondamentaux. Souvent leur élaboration reste confiée à des experts étrangers.

Le manque d’investissement

Le désinvestissement de l’Etat voulu et soutenu par les institutions financières internationales constitue à terme un frein à toute capacité de réflexion stratégique endogène. Les programmes d’ajustement structurel du secteur de l’éducation ont abouti au désengagement de plus en plus prononcé de l’Etat.

L’éducation est devenue principalement la charge des populations. Cette politique de privatisation rampante a eu pour résultat de mettre de plus en plus l’éducation hors de leur portée. L’école est devenue un marché de plus en plus convoité par des opérateurs économiques douteux.

Si les écoles privées ont poussé partout comme des champignons, la qualité de l’enseignement et de l’encadrement laisse, beaucoup à désirer. La chute de niveau a fait partout l’objet d’un constat accablant. Dans ces conditions, la faillite généralisée des systèmes éducatifs africains largement bâtis sur les modèles des colonisateurs, n’étonne guère.

La greffe de l’école coloniale n’a pas su prendre en Afrique, principalement en raison de son inadaptation au milieu et de son manque d’ancrage culturel. Il ne saurait en être autrement tant que les différents systèmes éducatifs continueront à nier les réalités linguistiques africaines.

La langue est un vecteur clé de l’éducation. C’est par elle que se réalise et se perpétue toute société, toute civilisation. La question du statut des langues africaines constitue donc un problème majeur qu’on ne saurait esquiver sous des prétextes plus ou moins fallacieux.

Mamoutou DIALLO (Stagiaire)

21 Août 2008