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Notre pays est familier de la question puisque l’engorgement des classes est un problème présent dans tous les ordres d’enseignement et dans toutes les régions comme l’ont établi les premières concertations préparatoires au forum national de l’éducation.

Les responsables scolaires expliquent la situation par un double constat : pas assez d’enseignants, trop peu de salles de classe.

Dans l’impossibilité de combler rapidement ces deux lacunes de taille, les responsables de l’école ont imaginé des solutions palliatives : double vacation, rotation, etc. Ces formules permettent à un maximum d’enfants d’aller à l’école même lorsque les infrastructures sont insuffisantes.

Dans tous les ordres d’enseignement jusqu’à l’université, la double vacation et la rotation sont pratiquées pour décongestionner les classes et garantir un minimum de qualité aux cours dispensés. Si dans l’enseignement secondaire et supérieur, la mesure est prise, en cas de besoin, par l’administration scolaire, dans le fondamental la décision appartient au maître.

Plus facile à énoncer qu’à mettre en pratique dans certaines conditions comme en atteste le cas de cette 9è année de l’école fondamentale de Kati Koko. La situation, ici, est extrême et peut être même unique dans notre pays pour une classe d’examen. Cette 9è compte, en effet, … 210 élèves.

Mardi dernier, il est 10 heures. Nous sommes à l’école fondamentale du quartier Kati Koko. Dans l’unique classe de 9è année que possède l’établissement, les élèves sont entassés, empilés, encastrés à quatre, souvent à cinq sur de petites tables-bancs conçues pour deux mioches.

Il n’y a pas le moindre centimètre carré de libre, pas une seule allée pour accéder au fond de la salle. Le maître ne dispose que d’un mince espace vital qui lui permet tout juste de se mouvoir pour utiliser le tableau noir.

« Nous souffrons de cette situation. C’est pénible de travailler ici« , soupire un élève avec un involontaire sens de l’euphémisme. « J’ai des problèmes pour entendre le maître« , témoigne concrètement un autre élève installé au fond de la classe.

Comment cette fourmilière a-t-elle pu s’installer ? Le directeur de l’établissement, Salia Haïdara, cite un certain nombre de facteurs. Le premier est que l’école de Kati Koko est le seul établissement public dans un des quartiers les plus peuplés de la ville. « C’est le deuxième quartier en terme de population. La plupart des habitants n’ont pas les moyens d’envoyer leurs enfants dans des écoles privées, c’est normal que tous viennent ici« , explique notre interlocuteur.

Deuxième facteur déterminant : l’établissement ne dispose que d’un second cycle qui n’aligne que trois salles de classe : une 7è année, une 8è et une 9è. « L’école compte deux premiers cycles pour un seul second cycle de trois salles », précise Salia Haïdara en ajoutant que ce second cycle reçoit tous les élèves qui proviennent des deux premiers cycles. Sans compter les élèves qui arrivent après avoir été transférés d’autres établissements.

Troisième facteur souligné par le directeur : l’année dernière, la classe de 8è année avait un effectif de 166 élèves sur lesquels 109 sont passés en classe supérieure. Pour la même année scolaire, la 9è année comptait 143 élèves sur lesquels 99 ont redoublé. Pas la peine d’utiliser une calculette pour additionner les uns et les autres.

C’est le produit de cette addition, accru de deux élèves en situation difficile, qui remplit aujourd’hui cette 9è année. C’est ce concours de circonstances qui contraint les responsables de l’établissement à user d’un chausse-pied pour insérer 210 élèves dans une pièce unique pour l’année scolaire 2008-2009.

Peut-être pas pour toute l’année, tempère Salia Haïdara qui fait état d’une promesse du conseil de cercle de construire trois salles de classe pour le second cycle pendant l’année en cours. Et le directeur de l’école de souligner ce dont on se doutait un peu : la 9è année n’est pas la seule classe engorgée de l’établissement. Pour l’année scolaire en cours, 170 élèves peuplent l’unique 8è année et 176 se bousculent dans la seule 7è année.

La situation est difficile, reconnait simplement Salia Haïdara. « Nous faisons tout pour que les élèves donnent le meilleur d’eux-mêmes et qu’ils ne se découragent pas », souligne-t-il. « Pour faire les devoirs, nous divisons les élèves en deux groupes », explique un des enseignants.

Le premier cycle de Kati Koko déborde lui aussi. « Nous n’avons pas une seule classe qui compte moins de 100 élèves« , révèle Amadou Coulibaly, le directeur adjoint de l’établissement.

C’est « un problème dans toutes les écoles de Kati« , souligne à ce propos, Moussa Sissoko, le directeur de l’Académie d’enseignement. « Nous avons un besoin de plus de 1000 salles de classe et presque autant d’enseignants pour les 6 CAP du cercle », évalue-t-il.

La directrice adjointe du CAP, Aïssata Coulibaly, confirme que le cas de la 9è année de l’école Kati Koko a été signalé au conseil de cercle de Kati qui est l’instance chargée de la construction des salles de classe dans les écoles fondamentales de la circonscription.

« Nous sommes conscients des problèmes liés au manque de salles de classe dans les écoles. Mais nous n’avons pas été officiellement informés du cas de l’école de Kati Koko« , soutient pourtant Mamadou Fla Traoré, le président de la commission éducation du conseil de cercle de Kati.

Il confirme cependant que pendant l’année scolaire est cours, il est prévu la construction de 57 salles de classe dont 3 pour l’école de Kati Koko. « Les démarches son en cours pour le décaissement des fonds au niveau de l’Agence nationale d’investissement des collectivités territoriales. Mais cela prend du temps, le plus souvent« , précise notre interlocuteur.

Les élèves de Kati Koko vont donc devoir prendre leur mal en patience et continuer à écrire « en crabe » dans leurs cahiers. Il y a, évidemment, des tas de meilleures manières de préparer les examens de fin d’année.

Be COULIBALY

16 Octobre 2008