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Pour l’instant, il n’y a pas de délestage au Mali dans la fourniture d’eau et d’électricité. Et pourtant, la société Energie du Mali (EDM-SA) est malade depuis longtemps. Si rien n’est fait pour redonner à la société sa santé le pire est à venir pour le consommateur.

Depuis 2007, la société est déficitaire. Tenez bien, en 2007, EDM-SA a enregistré un déficit d’exploitation de plus de 10 milliards de francs CFA. Pour l’année 2008, les statistiques fournies par la Direction Générale de la société prévoient un déficit de plus de 10 200 000 000 FCFA, en 2009, le déficit atteindra plus de 19 milliards de francs CFA et plus de 30 milliards de francs CFA en 2010. Qu’est-ce qui justifie de tels mauvais résultats? L’industrialisation du Mali tant souhaitée par l’Union Nationale des Travailleurs du Mali (UNTM) va-t-elle se réaliser dans ces conditions?

PLUSIEURS EXPLICATIONS

Le déficit d’exploitation financière de EDM-SA a plusieurs explications. D’abord la fraude qui fait perdre à la société plus de 7 milliards de FCFA par an. Il n’est pas rare de voir dans les quartiers des branchements illicites. Au lieu que EDM donne du courant à des gens dans des conditions normales, ils ont accès à l’électricité de famille en famille. Mais cela se fait très souvent avec la complicité d’agents véreux de la société qui s’enrichissent sur le dos de l’Etat. En matière de bonne gestion, les hauts cadres de EDM ne sont pas catholiques. Comme le disent nos braves pêcheurs le poisson pourrit par la tête. Il faut donc éviter que ce soit le cas pour EDM-SA.

Autre explication du déficit d’exploitation de la société Energie du Mali tient au coût élevé du prix du baril du pétrole. Le Mali n’étant pas producteur de pétrole, il va sans dire que le consommateur ressent les conséquences d’une crise pétrolière. Depuis belle lurette l’augmentation du prix du pétrole s’est inscrite dans la durée, tout le monde est conscient que le pétrole ne diminuera pas de prix.

Tant que nous ne trouverons pas d’autres sources d’énergie, nous resterons tributaires du pétrole. Des pays industrialisés comme l’Allemagne ont vite compris cela, c’est pourquoi aujourd’hui en Allemagne, l’énergie éolienne est devenue la principale source d’énergie.
Pendant ce temps, le Mali s’enfonce dans le creux de la vague. Au lieu d’investir dans l’énergie solaire ou éolienne dont la nature nous a doté, la société Energie du Mali continue à s’endetter dans l’achat de centrales thermiques.
Un seul exemple suffit pour corroborer tout cela.

LA PREUVE

EDM dispose de cinq centrales en ce moment : les centrales thermiques de Dar-Salam, de Sotuba et de Balingué et les centrales hydro-électriques de Manantali et de Sélingué. La part de l’énergie thermique qui était de 16,6% en 2003 est passée à 41% en 2007. La quantité d’énergie disponible au niveau de la centrale thermique de Balingué est de 26 Méga watt heures.

Le fonctionnement de cette centrale thermique coûte très cher. Le Directeur de la production de EDM, M. Mamadou Frankaly Keïta nous apprend que durant les quatre mois (d’Avril à Juillet 2007), la consommation journalière de la centrale de Balingué s’élevait à 60 millions de FCFA.

L’INDUSTRIALISATION DU MALI DANS L’IMPASSE

Aucun pays au monde ne peut se développer sans avoir réussi son industrialisation, et le Mali ne saurait faire exception à cette vérité. L’Union Nationale des Travailleurs du Mali (UNTM), consciente de cela, a effectué une visite dans les installations de EDM-SA le jeudi 6 mars 2008 pour s’enquérir des forces et faiblesses de la société.

L’industrialisation du Mali passe nécessairement par la société EDM-SA. Qui parle d’industrie doit forcement parler d’électricité or, EDM est la société traditionnelle de production t de fourniture d’électricité au Mali. Malgré de nombreuses potentialités naturelles, l’industrialisation du Mali est dans l’impasse.

La politique industrielle se heurte à de nombreux obstacles parmi lesquels il y a l’absence de zones industrielles viables tant dans la capitale Bamako et sa périphérie qu’à l’intérieur du Mali, le coût trop élevé de l’électricité, la fraude et la concurrence déloyale entre autres.

LES STATISTIQUES SUR L’INDUSTRIALISATION AU MALI

Selon les statistiques disponibles au niveau du ministère de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce, on compte au Mali seulement 344 entreprises industrielles en activité. Les boulangeries occupent 61% de ces industries, les imprimeries 12%, les industries agro-alimentaires entre 10 à 12%. Depuis 2004, il a été établi que le nombre d’industries au Mali n’augmente pas, au contraire, il diminue d’année en année. Le sursaut est-il possible pour inverser la tendance ?

En tout cas, des spécialistes sont unanimes que le Mali a une vocation industrielle mais pour que cela se concrétise, il faut l’intervention du tout Etat du début jusqu’à la fin. Dans un pays pauvre, comme le Mali, pour réussir son industrialisation, il faut l’intervention de l’Etat qui doit stimuler le développement, surtout quand on sait que l’épargne privée est très faible.

Daba Balla KEITA

11 Mars 2008.