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Décidément, l’Energie du Mali, EDM, éprouve de plus en plus du mal à se professionnaliser. Les Maliens s’étaient déjà habitués aux fréquents et incessantes coupures intempestives d’électricité, aux délestages impromptus, au tarissement des robinets, et, ce, dans toutes les villes et dans la capitale.

A Bamako même, certains quartiers sont confrontés tous les jours aux pénuries d’eau potable. On invoque la saturation du réseau de distribution et la position géographique de ces quartiers pour la plupart situés dans les banlieues et les zones périurbaines.

Dans une de ces zones, est situé le quartier Yirimadio. Et dans ce quartier se trouve une cité construite par la SEMA, les 330 logements. Indiquée et voulue par le chef de l’Etat comme une cité entièrement viabilisée, ces logements sociaux vivent, depuis la remise des clés aux bénéficiaires, pénuries d’eau et délestages d’électricité.

Pendant des mois, leurs habitants achetaient le bidon de 20 litres d’eau à 50 FCFA. Une eau à la qualité douteuse qu’il fallait traiter avant consommation. Ce n’est que depuis quelques semaines que la cité a été dotée par EDM d’un réseau d’adduction et de distribution d’eau potable, alors que le château d’eau existait depuis des lustres.

Les habitants se croyaient enfin sortis du tunnel. Erreur ! Les combines ne faisaient que commencer. Pour avoir de l’eau dans sa maison, il faut acheter un compteur avec EDM. Après paiement, il faut attendre plusieurs semaines avant qu’on daigne venir installer le compteur.

Auparavant, des « agents » passent souvent vous proposer des compteurs si vous êtes pressés et si vous avez de quoi payer. Après installation du compteur par les « vrais agents » d’EDM, le calvaire est loin d’être fini. Au contraire. Car ces « vrais agents » n’installent qu’à moitié un compteur pour lequel vous avez payé plusieurs semaines auparavant.

Pour une installation complète, ils vous rançonnent de 3 000 FCFA. Si vous refusez, étant dans votre bon droit, ils s’en vont. C’est alors qu’interviennent les autres « agents », ceux qui ont des compteurs bon marché. Ils vous proposent d’achever le travail d’EDM, à un coût meilleur, c’est-à-dire d’effectuer le raccordement du compteur avec l’installation de la maison.

Seulement, les habitants n’ont jamais été dupes et ont compris que tous ces agents, les vrais et les occasionnels, sont de connivence. Ce sont des comparses qui partagent ensuite ce qu’ils ont extorqué aux pauvres habitants, sinon comment comprendre que les agents d’EDM refusent d’effectuer un raccordement qui ne leur prend que quelques minutes et pour lequel vous avez payé ?

Il faut comprendre qu’ils ont trouvé là une combine, certes, imbuvable, mais fructueuse. Le raccordement fait, on est pourtant loin du compte. Il faut alors veiller toutes les nuits pour avoir de l’eau. Pendant le jour, en effet, le robinet reste désespérément sec. Pas une goutte, avant la tombée de la nuit. Où est la viabilisation ?

Les habitants de la cité ont d’autres motifs, qu’ils partagent avec tous les autres clients d’EDM. C’est au moment du règlement des factures. Il faut se réveiller très tôt et être à l’agence EDM avant 6 heures du matin. Une affichette vous informe que les caisses ne seront ouvertes qu’à 7h45 mn.

Cependant, les préposées ne daignent ouvrir les guichets que longtemps après 8h, souvent à 9h, les jours où elles veulent bien les ouvrir. Pourtant, certaines de ces préposées sont présentes sur les lieux dès 8h, mais il leur faut d’abord prendre le temps de manger et digérer un petit-déjeuner qu’elles pouvaient prendre à domicile, aller aux toilettes, se faire un grain de beauté, aérer le bureau, mettre la machine en route, commander le thé.

Pendant ce temps, les clients poireautent dans une longue file d’attente, comme s’ils venaient pour percevoir de l’argent alors qu’ils sont là pour en dépenser, malgré la médiocrité des services qu’on leur offre.

Une enquête a montré que dans toutes les agences d’EDM, les clients ont les mêmes problèmes et sont confrontés à l’insouciance des agents, quand ils sont présents et aux désagréments de leur absentéisme.

Cheick Tandina

14 avril 2008.