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L’Inter de Bamako, au seuil de l’année 2011, souhaite à tout notre peuple, Maliens de l’intérieur et de l’extérieur, et à tous ceux qui ont choisi de vivre parmi nous, beaucoup de santé et de joie immense.
L’année, qui s’est achevée, a été sans conteste une année de grandes réjouissances, bien que les Maliens, dans une large majorité, ont montré à plusieurs occasions déjà au chef de l’Etat, qu’ils n’avaient plus le cœur à la plaisanterie.

L’année 2010 aura été, douze mois durant, réservée uniquement aux festivités du cinquantenaire de l’indépendance du pays, comme si le temps ne compte pas pour les dirigeants, mieux comme si les fonds des contribuables ne comptent pas non plus.
Lorsque, le président de la République, il n’y a pas si longtemps, s’exclamait sur la chaîne TV «AFRICA 24» en disant : «Ce qui me fait mal, pourquoi les Maliens sont pressés que je parte» ; il posait une question essentielle que votre journal reprend en d’autres interrogations :

– Est-ce que l’école malienne se porte mieux en 2010 qu’en 1990 ?

– Le foncier est-il mieux géré en 2010 qu’en 1990 ?

– La justice mieux distribuée en 2010 qu’en 1990 ?

– Les fonds publics plus sécurisés en 2010 qu’en 1990 ?
– Les fruits de la croissance sont mieux repartis en 2010 qu’en 1990 ?

Voilà, entre autres, des rendez-vous manqués, qui justifient, sans nul doute, cette opinion largement partagée que le président de la République ne peut plus tenir les promesses faites aux électeurs en mai 2002.

A tous ces rendez vous manqués, il faut surtout ajouter la mauvaise option de privatisation de certains de nos acquis, dont la plus scandaleuse reste celle de la SOTELMA pour un montant dérisoire de 182 milliards FCFA.

L’opinion se rappelle qu’après l’ouverture des plis, le traitement technique et financier des offres proposés et l’attribution du marché, à la surprise générale, la partie marocaine a été contrainte de débourser un rajout, de 20 milliards FCFA, à sa proposition initiale.
L’acceptation de ce compromis entre parties, sinon compromission, justifie à elle seule toute la suspicion entretenue autour du processus de privatisation, suivi de la manière dont les fonds ont été utilisés.
Les Maliens chercheront à comprendre et pendant longtemps ce bradage.

La SOTELMA-MALITEL, avec aujourd’hui quatre (4) millions d’abonnés à la téléphonie mobile, peut espérer sur une recette minimum de 2 milliards FCFA par jour avec, au plus bas mot, une consommation quotidienne de 500 FCFA par abonné.
Au niveau de la téléphonie fixe, communication directe, fax et Internet, l’administration reste de loin le plus grand client, à laquelle il faut ajouter les facturations non négligeables de toutes ces communications des représentations diplomatiques, des organismes internationaux, des Organisations non gouvernementales, des sociétés et entreprises privées et autres opérateurs économiques.

Les autorités maliennes, qui se sont données cette liberté de privatiser le secteur stratégique de la communication et celui de l’énergie, savent pourtant qu’il s’agit de dépenses récurrentes essentielles pour lesquelles l’Etat consacre des sommes très importantes : 28,372 milliards FCFA en 2009 et 29,976 milliards FCFA en 2010.

Quelle aventure ! Vendre sa concession et y demeurer comme locataire, est une chose ; mais de là, à vouloir convaincre l’opinion que vous avez gagné sur l’acquéreur, en est une autre.

Malheureusement l’année 2011, qui sera sans aucun doute celle de ce défit majeur d’organisation des élections, présidentielle et législatives, semble s’inscrire dans le prolongement de l’année 2010 avec son chapelet de manifestations folkloriques au titre du «cinquantenaire».
Déjà, deux évènements pointent à l’horizon, il s’agit de l’organisation du concours miss des miss des cinquantenaires et de la fête de l’armée du cinquantenaire, et après, et après… Tout est savamment orchestré pour que le peuple ne se concentre pas sur l’essentiel.

Cependant, le désamour entre un président, qui se réclamait du «Parti de la demande sociale», et ses concitoyens pressés de le voir partir, se fonde sur la pauvreté prononcée ; nul doute que les pauvres sont devenus plus pauvres alors que ces nouveaux riches fabriqués, de toutes pièces par le régime, sont devenus plus riches.

Il est incontestable que ce régime, qui peine à se frayer un chemin dans la croisade contre la délinquance financière et l’enrichissement illicite, ne saurait porter loin une politique de lutte contre la pauvreté.
Il ne faut pas se leurrer, la croissance démographique doit aller de paire avec la création de richesse suivie d’une répartition harmonieuse des fruits de la croissance ; le non respect de ce rapport est porteur de menaces réelles pour la cohésion sociale et la légitimité de toute Institution.

A ce titre, le président John Fitzgerald Kennedy, fraîchement élu à la tête des Etats-Unis en 1960, déclarait, le 20 janvier 1961, ceci : «Une nation, qui ne peut rien faire pour améliorer le sort des plus pauvres, ne peut rien faire non plus pour préserver les privilèges des nantis».

Et pourtant, l’ancien président français, Jacques Chirac, attirait l’attention des dirigeants africains sur la situation de la jeunesse qu’il trouvait intelligente, dynamique mais qui restait totalement en marge des préoccupations et du soutien des Etats. Une telle situation peut être la source d’explosion sociale. Comme le voit aujourd’hui en Tunisie et en Algérie. Cette même jeunesse avait averti lors du sommet France Afrique tenu à Bamako en 2005, que si le politique ne s’occupe pas de la jeunesse, la jeunesse s’occupera de la politique.

Yoro Sow

10 Janvier 2011.