Partager

La cérémonie d’ouverture solennelle de la rentrée judiciaire donne l’occasion de se pencher, à la lumière aussi des soubresauts récents, sur la marche de l’appareil.

Chaque année, en cette circonstance, le premier magistrat et dans la foulée le bâtonnier et autres syndicats dressent un tableau des insuffisances et des tares du système. Si parfois ils sont sans complaisance, il n’en demeure pas moins que leurs propos restent du domaine du discours officiel. Et parce que n’ayant aucune emprise sur le vécu des populations, parce que rien n’ayant changé, ils demeurent peu entendus.

Depuis quelques semaines cependant, l’estocade est venue de l’intérieur même de la grande famille, dans la pure tradition inaugurée en Afrique, en Cote d’Ivoire, par Epiphane Bi Ballo Zoro de Dimbokro, tranchant, selon le droit, en faveur de ADO. Pour la première fois, refusant les compromissions, un Juge se démarquait de sa hiérarchie et du système de gestion des litiges soumis à l’application des règles de droits à servir aux plus faibles.

Au Mali, le juge Malick Coulibaly de Kati en démissionnant a créé l’événement et a indiqué la préoccupation qui devra occuper la session qui s’ouvre. La symbolique d’une telle interpellation de son corps, où l’on cultive à outrance la solidarité, est assurément plus forte que le « didactisme » que l’on aurait voulu le voir pratiquer.

Le message du juge Malick est simple

Notre pays a soif de justice sociale, de juges Giovanni Falcone, Jean-Louis Bruguière, Eva Joly. Bref de Zorro (vous savez le justicier masqué), ou plus exactement de foules de Zorro, en ce qu’ils sont le panneau indicateur de la société, le code de la route du citoyen, le baromètre de l’équité. Ils sont ceux dont la dignité et la gloire sont de tirer le Vrai de l’ivraie.
S.El Moctar Kounta

25 Novembre 2008