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La démocratie, toute démocratie , se nourrit de deux mamelles : les libertés fondamentales et…le pain. L’histoire ancienne et récente l’a prouvé, mais ne parlons que du pain (entendez la cherté de la vie) sans lequel justement toute liberté est somme toute éphémère.

Des émeutes du pain dont rendait compte Emile Zola dans Germinal aux récentes manifestations de rue à Conakry, Ouagadougou et les casses de Douala contre la vie chère, en passant par les émeutes de Tunis, le pain reste le premier baromètre de la paix et de la quiétude.

Toutes les révolutions, les vieilles et les actuelles, sont d’une manière ou d’une autre liées au comportement de la baguette de pain sur le marché. On serait même tenté de dire qu’il est le début et la fin de tout et toute la vie de l’homme s’y ramène. Le président Houphouët Boigny ne disait-il pas qu’«un homme qui a faim n’en est pas un et ne saurait avoir d’idéal, son idéal c’est son ventre et celui qui est à même de le remplir s’en fera le maître».

Chez nous, il ne s’agit pas d’expliquer et de justifier les présentes hausses des denrées de première nécessite. Il ne s’agit pas non plus de rendre compte des efforts du gouvernement pour contenir les flambées. Il est bel et bien de faire que la ménagère constate que son panier nourrit sa famille.

Loin de nous l’idée de ramener l’homme à sa seule dimension primaire mais il faut se convaincre que cet aspect de son être est essentiel et commande tout le reste.

D’aucuns diront que c’est une évidence. Nous, nous ajoutons que cette évidence se doit d’être gérée avec compétence et diligence. Elle est la condition de la paix, du développement, de la démocratie et de la… survie de tout régime.

C’est pourquoi il y a lieu de dénoncer les moyens timorés de la gestion qui lui est réservée dans notre pays de même que la légèreté avec laquelle certaines personnalités de haut rang parlent de la cherté de la vie. Elle ne peut attendre comme d’autres dossiers, pourtant sensibles, dont on ne fait plus cas, sauf pour maintenir l’illusion d’un minimum de traitement : l’école, le Nord, l’émigration, l’emploi des jeunes, la politique de l’eau, etc…

La meilleure façon de consolider la démocratie et ses acquis, c’est de faire en sorte que les populations restent en vie, tout simplement.

S. El Moctar Kounta

06 Mars 2008.