Partager

L’ère IBK ! C’est parti depuis hier mercredi 4 septembre 2013 à partir de zéro heure. Cette aube nouvelle marque le point de départ de nouveaux espoirs, de nouvelles promesses. Après une chute brutale qui a failli plonger le Mali dans les abysses de l’anéantissement, la solidarité des nations, sous la conduite du président François Hollande, a permis de sortir du gouffre. Le Mali s’est remis sur ses jambes et réapprend à vivre.

Cette résurrection a été scellée par la tenue d’une élection présidentielle reconnue par tous comme la meilleure dans l’histoire du pays. L’une des mieux réussies en Afrique. La page de la transition vient d’être définitivement tournée avec le choix massif du peuple en faveur d’un grand homme d’Etat, Ibrahim Boubacar Kéita. Celui-ci pourra-t-il faire oublier rapidement le passage laborieux mais stabilisateur des 17 mois du président intérimaire, Pr Dioncounda Traoré ? Rien n’est moins sûr, eu égard au sacrifice suprême que le miraculé du 21 mai 2012 a failli consentir, sauvagement agressé dans ses bureaux de la présidence par une horde de hors-la-loi et de sicaires.

Les sacrifices consentis pour l’élection du nouveau locataire du palais de Koulouba font peser sur lui de grandes attentes. Un challenge de taille à relever. IBK doit d’abord s’atteler à redonner espoir à un peuple tombé très bas et traumatisé. Il a fort bien compris qu’il a le devoir de redonner la fierté, la dignité qui ont toujours caractérisé les Maliens. Comment faire en sorte que la communauté internationale comprenne que la page sombre de janvier/mars 2012 est un simple accident sur le parcours du grand peuple du Mali ? IBK doit connaître cette stratégie. Ainsi, le changement, le leitmotiv de sa campagne électorale et les slogans touchants comme «l’honneur du Mali et le bonheur des Maliens» doivent rapidement être traduits en actes concrets.

Le nouveau président de la République du Mali doit faire en sorte que ses millions de compatriotes retrouvent le sourire, la joie de vivre, tout en étant convaincu qu’ils ne se laisseront plus duper. IBK doit, durant son quinquennat, donner le meilleur de lui-même pour combler les nombreuses attentes des 15 millions de Maliens. Pour avoir servi l’Etat au plus haut niveau et, de surcroît, détenant le record de longévité primatoriale, IBK connaît le pays pour se faire rappeler son devoir dans le contexte particulier d’aujourd’hui.

L’autorité de l’Etat, dont il semble le plus ardent défenseur, la lutte contre la corruption, la défense de l’intégrité territoriale, la refondation d’une armée forte et républicaine, la préservation de laïcité de l’Etat, la promotion de l’emploi des jeunes, le relèvement de l’école, bref la refondation d’un nouvel Etat du Mali sont des chantiers majeurs que l’ancien Premier ministre et ancien président de l’Assemblée nationale se doit de réussir. Un mandat de cinq ans peut difficilement permettre les avancées souhaitables sur ces dossiers urgents les uns que les autres. Les populations sauront-elles faire preuve de la patience nécessaire pour voir poindre à l’horizon un nouveau soleil ? Cela n’est pas acquis d’avance dans un environnement où le malaise social est très profond. Par des signaux clairs, IBK doit rassurer le peuple sur le bien-fondé de son choix exprimé à près de 78% des suffrages.

Par ailleurs, la soif du changement sera apaisée par des mesures vigoureuses, à la limite de l’impopulaire. C’est aussi cela l’autre défi à relever. Ce n’est pas pour rien que le Procureur général Mamadou Boiré lui conseillait hier de » se méfier des rats du palais présidentiel « .

Les habitudes ont la vie dure. IBK doit surtout éviter de sombrer dans la reproduction de l’ancien système politique. Comme il l’annonçait hier lors de son investiture, le kankeletigui doit convaincre que désormais «nul ne sera au dessus de la loi ; nul ne pourra s’enrichir de manière illicite sur le dos du peuple malien». Et dans la distribution des rôles, seul le principe «l’homme qu’il faut à la place qu’il faut» sera rassurant quant à la fin annoncée de la gabegie et l’avènement d’une ère nouvelle de promotion du mérite. D’un jour nouveau pour le Mali. Bon vent, président !

Bruno D SEGBEDJI

L’Indépendant du 5 Septembre 2013