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Tous les soirs et sur une durée qui varie selon le sujet et le nombre d’intervenants, le chef de la junte guinéenne, Moussa Dadis Camara, entouré de ses principaux collaborateurs, tient son pays en haleine. Et c’est certain que de nombreuses capitales, à l’image de Bamako guettent avec impatience la Radio-Télévision Guinéenne où a commencé, depuis maintenant trois semaines, un exercice entre l’audit et l’audition et le prêche et la catharsis .

Cette sorte de « gacaca » ouest africaine du génocide qu’a été l’espoir déçu de la Guinée, ce pays autrefois qualifié de scandale géologique à cause de ses ressources naturelles a, d’abord, fait se succéder de hauts responsables suspectés dans l’affaire du narcotrafic, dont un des enfants du président Lansana Conté qui a, lui, admis son implication dans le juteux commerce de poudre colombienne. Après les narcotrafiquants, ont été entendus les ministres impliqués dans la gestions des fonds du cinquantenaire de l’indépendance de la Guinée .

Et depuis quelques jours, anciens chefs de gouvernements et ministres des mines passent en rang serré pour répondre de la gestion du fameux fonds minier. Sur l’exercice, il y a un peu à redire. Le président de séance, donc le capitaine Dadis, est un peu trop enclin à parler de lui, de son intégrité, des couleuvres qu’il a du avaler lors de sa carrière. Il monopolise un peu trop la parole et fume sur le plateau au grand plaisir de l’industrie du tabac. Ensuite, il n’y qu’un ou deux micros sur la table pour un événement aussi important.

Enfin, les personnes interpellées le plus souvent crispées oublient, vu les éloges nord-coréens adressés au jeune capitaine qu’ils ne sont pas au camp Boiro de l’époque sinistre du nettoyage ethnique et du pogrom des intellectuels. Or c’est précisément le côté marketing de la nouvelle gouvernance guinéenne qui est à saluer à travers ces auditions. Le Chef de l’Etat est là, en face, il parle, il peut être interrompu, on peut ne pas être d’accord avec ce qu’il dit, il reconnaît ses erreurs et présente ses excuses.

De ce point de vue, la Guinée innove et en ces moments, très peu de leaders du continent peuvent faire ce que Dadis fait sans être lynchés publiquement. En outre,les auditions ont le mérite de démonter la mécanique mafieuse des élites pour sacrifier ses intérêts au profit de ceux des multinationales. Elles ont permis également, ces auditions, de mieux percevoir les connexions sous régionales de la cocaïne, ce que probablement le grand public n’aurait jamais su, dans le secret d’un bureau de gendarmerie.

Enfin, les propos des uns, les témoignages des autres, permettent de jeter un éclairage très utile sur le système de cour et sur les faiblesses du prince. Même s’il n’est que pour quelques mois, Dadis aura fait mieux que ses illustres prédécesseurs Sekou Touré et Lansana Conté. Il est en train d’apprendre à la Guinée de sortir du piège de l’arriération dans lequel elle avait été confinée. Il lui enseigne à ne plus avoir le complexe et la peur du chef. Il lui apprend enfin qu’aucun chef ne saurait être jamais suprême.


Adam Thiam

10 Mars 2009