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Les élections générales de 2012 seront un test pour la presse malienne. Soit, elle rentrera dans l’histoire, soit elle tirera sa révérence. Ces deux aspects sont déjà perceptibles au sein d’une certaine presse qui cherche désespérément un corrupteur. C’est donc une course effrénée vers l’argent frais, s’asseyant ainsi sur sa conscience et ses convictions. Dès lors, on distingue trois catégories de journaux et de directeurs de publication.

La première a signé de grands contrats avec des candidats historiques du landerneau politique malien. La deuxième catégorie très futée a choisi de se mettre au service de tous les candidats, couvrant ainsi toutes les activités. La dernière catégorie, de directeurs de publication et journalistes, est celle qui s’invite aux activités des partis politiques pour quelques billets de banque. Cette dernière catégorie est, dans bien de cas, éconduite voire chassée des activités organisées par certains partis politiques au motif qu’ils ne sont pas invités.

Ces mauvais traitements infligés, à certains journaux de la place, sont dûs certes à l’irresponsabilité des associations de défense des intérêts de la presse malienne plutôt préoccupées à se faire fortune. C’est pourquoi un ministre PDES n’a pas hésité de traiter un de nos confrères «de journalistes de dix mille francs CFA».

Du coté des organisations ou des associations de presse, aucune lisibilité ne se profile à l’horizon pour sortir la presse malienne du creux de la vague. Cependant, il ne fait aucun doute que pour combattre les maux qui minent notre gouvernance, il faut une presse forte et crédible.
Malheureusement, la nôtre est malade ; malade par la faute des hommes et des femmes qui l’animent.

Malade de la corruption, qui a pris le relais de l’éthique et de la déontologie et aussi de la vertu. La presse malienne est malade parce que les plus hautes autorités ont opté pour une presse à leur dévotion, une presse rabougrie. Or pour dénoncer la corruption et autres travers, il faut une presse crédible, forte et vertueuse.

Depuis 2002, notre presse a perdu les marques et les timbres, qui avaient fait son audience. Du coup, les journaux ont perdu leur lectorat et les rares lecteurs font une lecture oblique. A ces aspects, il y a lieu de retenir cette autre pratique qui tue les journaux. Celle des chargés de communication des départements ministériels ou des institutions de la République qui ont transformé leur bureau en business center.
Au lieu de vendre la bonne image de l’Etat (ministres ou président), ils offrent leur propre service aux organes de presse privée, car les chargés de communication ont leurs journaux, leurs reporters et leur agence de communication. Ils savent appâter leur chef.

Les activités des ministres sont des aubaines à saisir. Chaque insertion d’une publicité dans un organe de presse fait l’objet de prélèvement d’un pourcentage pour le chargé de communication. Il en est de même pour les conférences de presse. Mais l’échec ou la réussite du ministre ou du président dépend d’eux.

Des candidats, ayant amassé un trésor de guerre, ont signé à prix d’or des contrats avec des chaînes privées et des agences de communications très en vue au Mali.

Il devient donc impérieux pour la presse malienne de prendre toute la mesure de la mission, qu’elle a eu à jouer pour l’avènement d’un Mali qui faisait rêver en 1990 ; se ressaisir pour le bonheur de ce peuple qui malgré tout continue à espérer.

Amy SANOGO

21 Février 2012