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TT s’était engagé à ne pas créer de parti politique. Il n’en a pas créé, il a tenu parole. Mais, ce n’est pas tant cette promesse que la lecture qu’on peut en faire qui importe.

Le militaire, qui a pris le pouvoir en 1991 et conduit la transition démocratique, a décidé en 2002 de briguer la présidence de la République en participant aux compétitions électorales. Général, il n’a pas démissionné de l’armée pour être candidat, comme l’exige la Constitution. Pendant la précampagne, ATT a tenu à lever toute équivoque : il ne créera pas un parti politique.

ATT ne veut pas faire la concurrence aux partis politiques à moins qu’il ne pense que ces appareils politiques ne sont pas nécessaires à sa gouvernance !

C’est un ensemble d’associations qui a, semble-t-il, suscité la candidature du Général à la présidentielle de 2002. Puis par le jeu de certains contournements politiques, c’est une nébuleuse, sous le vocable de « Mouvement citoyen », qui portera la candidature d’ATT. Cette organisation entreprend tout ce que fait un parti politique, mais se refuse d’y être assimilé.

ATT au pouvoir, des tentatives de transformation de la nébuleuse en parti politique ont créé des séismes en son sein, provoquant son éclatement à deux reprises. La nébuleuse fit une concurrence déloyale aux partis politiques, ses acteurs ayant conscience de la nécessité d’un parti politique pour mener des actions d’envergure. Mais les ténors du Mouvement sont retenus par ATT qui refuse que son nom soit mêlé à la création de tout parti politique.

Dans ses différents gouvernements, le constat a été vite fait qu’aux partis politiques étaient réservée la portion congrue. Et les ministres qui en sont issus ont souvent fait l’objet de « récupération ». Ils retournent la veste et tournent le dos à leurs formations d’origine.

Les partis sont conduits au bord de l’éclatement, y compris ceux qui ont choisi d’accompagner la mouvance présidentielle (le CNID, l’URD, notamment). « Quand le parti envoie un cadre au gouvernement, il n’est plus sûr de le contrôler par la suite », disaient un cadre de l’Adema et un autre du CNID, en marge d’une réunion au siège de l’Adema.

En outre, l’aide publique aux partis politiques est détournée de sa vocation réelle, pour prendre la forme d’une aide présidentielle qui dépendrait du bon vouloir du chef de l’Etat. Tous les moyens de diversions et atermoiements sont utilisées pour que cette aide arrive en retard et qu’elle ne serve pas suffisamment aux partis politiques.

La promesse d’un statut de l’opposition est restée lettre morte. ATT ne tient pas parole, a déploré le président actuel du FDR, Me Mamadou Gakou.

Enfin, pour achever de décrédibiliser les partis politiques, le dernier virage serait d’affronter ouvertement les acteurs qui dominent la vie politique nationale. Au besoin en recrutant des Kamikazes spécialisés dans les coups bas, qui savent où frapper et à quel moment. « L’Etat démocratique républicain » est-il à ce prix ?


B. Daou

12 Septembre 2008