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Il y a quelques semaines, Bernard Kouchner, un peu dépité avait exprimé des doutes sur l’éventualité des élections en Côte d’Ivoire pour cette année. Les Américains, eux, se passent par quatre chemins : ces élections sont techniquement possibles en Côte d’Ivoire avant la fin de l’année, disent-ils dans un communiqué publié mardi. Et surtout, ils exhortent le gouvernement ivoirien, à tout mettre en œuvre pour que ce délai soit respecté.

La nouveauté ne réside pas dans ce type d’exhortation, ni dans le report des élections dans ce pays atypique depuis septembre 2002 où un putsch-rébellion censé écourter le règne Gbagbo a donné au redoutable homme fort d’Abidjan une longévité inespérée.

La nouveauté est que l’encouragement vient de Washington qui, généralement, avance masqué, lorsqu’il s’agit d’un pays du pré-carré français. Et c’est évident, les mots du communiqué américain sont pesés, mais ils n’en sonnent pas moins comme une injonction.

Voire une directive préfigurant, désormais, l’attitude de l’administration Obama vis-à-vis des processus électoraux africains. Ceux-ci souffriraient de onze plaies béantes, selon le diagnostic établi par l’Union africaine en février 2007 à Kampala, à l’issue d’un rare exercice de rare lucidité.

La Côte d’Ivoire, est elle, affectée, peut-être même infectée d’au moins de deux ces plaies : d’abord, un fichier électoral reconnu par tous les acteurs comme hautement perfectible, et même quelque peu illégitime.

Ensuite les démons du régionalisme et de l’ethnisme, à l’état latent presque partout sur le continent, mais qui lorsqu’ils sont politiquement instrumentalisés donnent l’espèce de poudrière sur laquelle la Côte d’Ivoire est assise.

Avec une sécession de fait, au plan intérieur, mais aussi ses risques sécuritaires graves dans une région sensible dans les données géostratégiques américaines. C’est toujours triste de voir une puissance occidentale s’ingérer ainsi dans des affaires nationales, surtout de la part d’une puissance qui , dans la compétition Bush-Gore avait quand même donné dans la pratique bananière.

Mais, il était prévisible qu’au vu des drames kényan et zimbabwéen soit intraitable sur la question de la gouvernance africaine. Il n’est pas étranger au continent et il doit sa trajectoire actuelle à une société américaine qui s’est ouverte.

S’il était né à Bouaké ou Abobo, dans les termes de l’actuelle constitution de son pays, la candidature d’Obama aurait été invalidée par le juge ivoirien. C’est pourquoi, les élections ivoiriennes à venir seront particulièrement suivies de Washington. Paris et Ouaga ne s’en offusqueraient pas, loin s’en faut.

Adam Thiam

09 Avril 2009