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Distinguons d’abord que le raciste est différent du xénophobe, en ce que ce dernier n’a pas forcément de sentiment de haine ou de supériorité envers son prochain. Le xénophobe n’est souvent qu’un timide. Hitler était un raciste, qui avait même fait une classification des “races”, c’est-à-dire, finalement, des ethnies ou des peuples.

Ce sondage tombe mal aussi parce que le président Chirac est un ami des Africains. Il fut l’ami de Houphouet-Boigny, il est celui d’ATT. Il aime l’Afrique et l’art africain, comme il l’a montré en aidant au retour en Afrique de statuettes qui se trouvaient en Europe dans des collections privées, et il a montré sa connaissance de la littérature malienne en faisant allusion, lors de sa visite à Bamako en 2004, à l’épopée mandingue et à Moussa Konaté. Et, par-dessus tout, il rappelait les liens de sang qui se sont tissés entre Maliens et Français.

Quant à ATT, ayant été auditeur à l’Ecole de guerre de France, il diffère bien de Samory, qui mit à mort son fils Karamoko pour avoir émis des sentiments d’admiration à l’endroit des forces françaises de l’époque, qui essayaient de l’intimider.

Ces racistes savent-ils qu’au moins quatre pays occidentaux, en tête desquels l’Allemagne, reçoivent plus d’étrangers que la France? Savent-ils que cette dernière est cependant un des pays les plus métissés d’Europe?

En effet, la Gaule, peuplée de Celtes, perdit sa langue à l’occasion de la colonisation romaine et s’appela France à la suite de l’invasion des Francs, une tribu germanique. Qu’un tel peuple ait produit les premiers écrivains racistes comme Maurice Barrès ou Renan avait déjà étonné André Gide qui demandait comment parler de racines quand on avait un père breton et une mère lorraine.

Faut-il penser que les racistes du sondage de la Sofres n’en veulent qu’aux Noirs et aux Musulmans, à l’exclusion des Danois et autres Polonais? Aimé Césaire l’avait déjà dit en 1955 dans son “Discours sur la Colonialisme” : le crime d’Hiltler, c’est d’avoir osé faire au Blanc ce qu’on ne faisait qu’au Noir : Et Amadou Kourouma renchérit : “Quand je suis arrivé en France dans les années 50-51, on ne parlait que des quatre ans d’occupation, on faisait de cela la fin du monde, quelque chose d’extraordinaire, alors que nous avons vécu cinq siècles de colonisation, et de cela, personne ne parlait jamais. C’était pour rappeler le devoir de mémoire, pour dire que nous avons souffert, que j’ai écrit “Monnè”. “En attendant le vote des bêtes sauvages” est aussi un défi parce que j’ai été surpris du fait que pendant la guerre froide, la France, l’Amérique avaient développé chez nous des dictatures qui faisaient ce qui leur plaisait. Comment nous parler ensuite d’Etat de droit et de justice?”

Voilà donc avertis les auteurs qui ont affirmé être d’abord écrivains et accessoirement Nègres. Parmi eux, Mamadou Soukouna, auteur du “Désert inhumain” (1989), qui a déclaré : “Je ne retournerai jamais au Mali” et la métisse franco-sénégalaise Marie N’Diaye, auteur de “En famille” (1991) qui affirme son refus d’appartenir à la communauté africaine.

Si l’Occident redevient barbare, il appartient à l’Afrique de lui pardonner et de l’humaniser. Et elle le peut.

I. KOITA

23 mars 2006.