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Du mandat finissant de l’actuelle Cour constitutionnelle, l’opinion malienne, en vérité, ne retiendra qu’une chose : le jugement de valeur que son président lui-même a porté sur les dernières élections générales dans notre pays. Il affirmait : « j’ai eu le sentiment profond que beaucoup d’acteurs politiques, des candidats de tout ordre, de quelque bord que ce soit se sont installés à demeure dans la fraude généralisée… ».

C’est une sorte de conclusion- bilan, après sept ans d’une observation minutieuse de notre vie nationale, et en même temps la véritable photographie de l’image que projette, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, notre expérience démocratique. Une démocratie qui n’est apaisée que de la seule volonté d’un peuple pacifique qui croit en la paix.

Mais la Cour constitutionnelle elle-même est-elle exempte de tout reproche dans la conduite de sa mission ? Une mission qui, rappelons-le, n’est pas seulement de veiller à la régularité des scrutins mais aussi en prenant des décisions qui engagent la nation entière, contribuent à asseoir la paix sociale. N’appelle-t-on pas ses membres les sages ?

Or entre le rejet de la loi électorale en octobre 1996 qui a eu pour conséquences le fiasco d’avril 97, l’introduction des candidatures indépendantes qui ont fortement contribué à pervertir les partis politiques et à les fragiliser, les risques d’une crise institutionnelle née de l’annulation des résultats du premier tour des élections d’avril 97, l’annulation de plus 500 000 voix, soit le quart des suffrages exprimés en 2002 et enfin la validation de la candidature d’un officier général n’ayant préalablement pas démissionné comme le suggère la Constitution, le pays a retenu son souffle chaque fois.

Le paroxysme de l’incohérence est venue de l’invalidation de la candidature pour cause « d’état civil douteux », d’un député en course pour sa propre réélection ! Le bilan de l’équipe sortante aura laissé plusieurs fois songeurs nombre de nos compatriotes.

Les sages de la Cour constitutionnelle représentent dans nos sociétés modernes le REPERE, les garants de la moralité et de l’équité. Il ne sied pas que le repère bouge, pour épargner désarroi et confusion à nos concitoyens, pour que le dernier recours reste le dernier recours : la voix de la vérité.

Les nouvelles personnalités de l’institution, qui prêteront serment le 11 mars devant l’Assemblée Nationale et la Cour Suprême, doivent garder à l’esprit qu’elles tiennent dans leurs mains augustes la première pierre du socle national. Cela requiert honnêteté, clairvoyance et courage.

S. El Moctar Kounta

07 mars 2008.