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Il faudra donc conférer avec les instances de cet ordre d’enseignement, a-t-il dit, mais aussi avec ceux de l’école primaire et du collège pour opérer lesdits changements. C’est là que se trouve la base de l’enseignement, à savoir lire et écrire, parler, calculer. Donc, contre les théoriciens du développement de l’intelligence pure, il faut veiller à ce que l’école véhicule un minimum utilitaire et général.

En Côte d’Ivoire, les professeurs du secondaire avaient, en 1982, dans une démarche similaire, obtenu l’annulation de l’enseignement télévisuel, considéré comme une avancée révolutionnaire, alors que les enfants avaient un niveau catastrophique à l’écrit, chose scandaleuse pour la civilisation de l’écrit. Les jeunes doivent être scolarisés à cent pour cent, dit-on, pour que le pays espère entamer son décollage économique.

Les voilà donc tous à l’école, livrés à eux-mêmes, incapables de se prendre en charge au sortir du collège, du lycée et des facultés. Il se trouve que le trop-plein de jeunes se déverse chaque année sur les côtes de “Bako” et sur les barbelés de l’Eldorado, à tel point que les gouvernements se mobilisent pour signer des traités internationaux, que la lutte contre l’immigration clandestine est devenue un axe important de la coopération Nord-Sud.

Rien que cette semaine, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal se succédaient à Dakar, tandis qu’un haut responsable de l’Union européenne était à Bamako pour parler émigration. Il faut qu’on sache qu’il n’y a pas d’Eldorado, a dit le haut responsable de l’Union européenne. L’émigration sera désormais concertée, a précisé Nicolas Sarkozy à Dakar.

En Europe, les immigrés ignorants, c’est-à-dire non scolarisés, sont plus appréciés que les autres, parce que plus endurants, plus dociles et, du reste, prêts à faire n’importe quel boulot. Ce qui est nettement moins le cas avec les diplômés, qui réclament les mêmes droits que les Français, d’autant plus qu’ils sont souvent naturalisés Français.

C’est dire qu’en Afrique comme en Europe, ce sont les produits de l’école, bizarrement, qui posent problème. Ne faudrait-il pas alors retourner à l’ancienne formule de l’école sélective, avec un important taux de rejet, pour ne pas parler d’un clausus numerus généralisé.

Prompts à se sacrifier pour instaurer la démocratie, les jeunes scolaires risquent d’en devenir les fossoyeurs, s’ils échouent à lancer le décollage économique. Une richesse embarrassante, en somme.

Ibrahima KOITA

28 septembre 2006.