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Ces deux actes concomitamment posés appellent un double constat. Le premier est que le Général ATT et son mandataire paraissent déterminés à aller très vite dans l’application de ces « Accords » comme s’ils subissaient une pression insoutenable de la prétendue « Alliance démocratique du 23 mai 2006 pour le changement » et de son protecteur algérien.

Le second constat est que ATT et Kafougouna confirment le profond mépris qu’ils nourrissent à l’endroit du peuple malien. En effet, après l’avoir totalement ignoré avant la signature des « Accords » d’Alger, de même que les institutions qu’il s’est librement données et qui constituent le socle de sa démocratie, voilà nos Généraux pacifistes – certains diront capitulards – qui prennent des actes pour la mise en œuvre de ce texte alors qu’il fait l’objet a posteriori d’un débat national.

Une façon de signifier qu’ils se moquent éperdument de ce que peuvent penser l’UNTM – qui a mis la question à l’étude et entend écouter sa base – et des milliers d’autres Maliens qui se sont appropriés le sujet et discutent sur le point de savoir si ces « Accords » sont bons ou non pour la République, s’il faut les appliquer tels ou les retoucher ou encore s’il faut les jeter aux orties pour revenir au Pacte national, qui a l’avantage de mettre tout le monde d’accord.

Quel est donc ce système politique où l’on refuse de consulter le peuple sur les grandes affaires qui le concernent et, s’il se décide lui-même à exercer son droit constitutionnel à s’exprimer sur ces affaires, on agit comme si l’on voulait lui dire ceci : « cause toujours, cela ne nous empêchera pas de faire ce que l’on a à faire, qu’il te plaise ou non« . Si ce n’est pas la dictature, c’est-à-dire un régime politique où le pouvoir est exercé par un petit groupe d’hommes contre l’avis de la majorité, c’est quelque chose qui lui ressemble.

Pour notre part, nous restons convaincus que ces « Accords » ne sont pas bons pour la République et le Comité de suivi, qui figure au nombre des dispositions qu’ils renferment et dont on dit qu’il vient d’être mis en place, en fournit une preuve irréfragable.

En effet, ce Comité est composé de neuf membres dont trois sont désignés par le gouvernement du Mali, trois par les insurgés et trois par « le facilitateur » c’est-à-dire l’Algérie. Et c’est ce même Comité qui « propose » les personnalités devant siéger au sein du Conseil Régional provisoire de coordination et de suivi, le mini gouvernement local créé spécialement pour Kidal pour une durée d’un an.

C’est dire que l’Algérie est présente à travers ses propres représentants ; elle intervient dans le choix des hommes et a son mot à dire dans toutes les décisions qui seront prises en matière de gouvernance politique, de défense et de sécurité, de financement de projets à caractère socio-économique, de coopération avec les bailleurs internationaux et les ONG.

Jusqu’à « l’élaboration des projets de lois et textes touchant les spécificités de la région de Kidal« .
En clair et pour tout dire, notre voisin du Nord participera, sur un pied d’égalité, peut-être davantage que le gouvernement malien, à la gestion quotidienne de Kidal sur tous les plans et dans tous les domaines. N’est-ce pas là une atteinte grave et flagrante à la souveraineté nationale ?

Imagine t-on, un seul instant, des représentants du gouvernement malien siégeant au sein du directoire d’une Wilaya algérienne? Quelles qu’en puissent être les circonstances, la fierté algérienne ne le souffrirait pas. Mais chez nous, on est prêt à signer n’importe quoi sans en mesurer les conséquences.

Avec ces « Accords » rédigés par les Algériens eux-mêmes, les Généraux ATT et Kafougouna Koné ont abdiqué leur responsabilité pour placer le Mali sous administration algérienne.

On aurait fait appel aux Nations Unies pour jouer un tel rôle que notre dignité nationale eût été mieux sauvegardée.

El Hadj Saouti Labass HAIDARA

07 août 2006.