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19 novembre 1968-19 novembre 2008 ! Quarante ans se sont écoulés depuis la chute du premier président du Mali indépendant, Modibo Kéita. On sait ce qui s’ensuivit. De privations en privations, de geôle en geôle, le grand homme d’Etat sera promené jusqu’à sa mort suspecte le 16 juin 1977. Dont les circonstances, un peu plus élucidées dans le livre du Capitaine Soungalo Samaké, n’ont pas pu raviver les débats, alors que des faits nouveaux venaient d’être apportés par une source de première main.

En fait, les nations ne vivent jamais longtemps sur le passé et elles ont raison. De la même manière, une page tragique de l’histoire du pays, à savoir le sort sanglant de plusieurs leaders, a été broyée par la propagande communisante de l’époque.

Les yeux sont restés fermés même sur la « neutralité » de la IIIè République malgré le beau tribut payé à l’homme de lettres que fut Fily Dabo Sissoko. D’ailleurs les accolades entre frères ennemis durant le mandat du Consensus sont venues confirmer que les nations ne vivent jamais longtemps sur le passé. Et elles ont raison. Puis, la roue de l’histoire a tourné jusqu’à ce fatidique 26 mars.

Où la quête pluraliste sous-tendue par le rejet du « moi-Etat » finit par imposer le processus de démocratisation que nous savons. Des avancées méritoires mais également des menaces lourdes. Le pays compte deux anciens chefs d’Etat libres et vivants, – c’est un capital -, des tensions existent certes, mais la croissance économique a longtemps côtoyé les 5%, le dialogue social est une réalité.

A côté, malheureusement, le pays ne peut pas se targuer de faire de bonnes élections, notamment en termes de taux de participation et même la très incertaine Guinée-Bissau a relevé le pari de la mobilisation. Plus grave parce que révélateur de notre patriotisme, il y a l’inévitable question de l’ascenseur républicain. A qui est t-il renvoyé et à quelle fin ? Quel est notre projet réel pour le pays, tout le pays ? Et notre part d’ego, juste l’ego ?

En cet anniversaire qui tombe sur un jour de conseil de ministres, le tour de table est vite fait pour voir si le Mali renversé en 1991 pour cause de médiocrité a raison de crier sur tous les toits que lui a mis un point d’honneur à s’appuyer sur les meilleurs cadres du pays. C’est un jour d’évaluation et de mémoire. Car les nations ne peuvent jamais longtemps vivre sans le passé et elles ont raison.

Adam Thiam

19 Novembre 2008