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Étouffer une mutinerie en moins de vingt quatre heures n’a jamais été chose facile même pour des chefs d’Etat issus des rangs de l’armée à fortiori un président civil africain. Ce challenge, Ibrahim Boubacar l’a réussie. On le savait homme de poigne, mais on doutait fort de sa capacité à faire régner l’ordre à Kati.

Kati de Sanogo et de ses hommes, qui campaient toujours sur le maximalisme depuis le 22 mars 2012.

Quand ils ont réussi à faire fuir par la colline un général cinq étoiles.

Quand ils ont encore réussi à laisser entre les mains de ses agresseurs un président de transition.

Quand ils ont enfin réussi à descendre de son piédestal un premier ministre de pleins pouvoirs.

Des véritables petits chefs à voir par le petit trou de la serrure.

Des petits chefs qui ont fini par faire subir au pays leurs navrantes segmentations claniques. A cause des grades dont les étoiles n’ont jamais brillé. Car acquis non pas par mérite mais du bon vouloir de Kati.

Kati, qui faisait peur à Bamako, Koulouba avec. Kati qui a été la clé de voûte non moins importante de l’élection du président élu. Kati qui séduisait tous les chefs religieux. Une véritable rue-publique dans une république. Qui régnait sur le mont du Bélédougou avec l’arsenal le plus lourd et le plus destructeur de toute l’armée du pays.

On savait que IBK disait ses quatre vérités aux politiques et aux rebelles, mais on doutait fort qu’il pouvait hausser le ton contre Kati. Eh bien ! C’est fait.

Il a réussi à mettre à rude épreuve la force destructrice de Kati.

Il a ébranlé la légitimité de l’ex junte, qui vivait en véritable jungle en plein centre ville.

Il a délogé Sanogo et ses quatre étoiles, écroué Konaré et ses traits serrés…

Il a incité la hiérarchie militaire à bannir le laxisme et la peur pour faire intégrer tous les frondeurs dans les rangs.

Du coup Kati a été réduit en portion congrue, le spectacle de matériels de guerre a cédé la place à celui de l’atmosphère d’une ville banlieue.

Les Maliens peuvent se glorifier enfin d’avoir un président qui peut faire changer les choses.

Un président qui parle beaucoup souvent avec le ton, mais qui peut joindre l’acte à la parole.

D’ailleurs dans cette affaire le premier motif de satisfaction relève de la promptitude avec laquelle cette opération s’est effectuée. L’opération ‘’Saniya’’, qui porte bien son nom. Et qui constituera à coup sûr, une première médaille que le vieux’’ lion du Mandé’’ peut exposer. Sans songer la garder dans un musée comme celle offerte par les opérateurs économiques ‘’véreux’’ à son prédécesseur, la médaille du cinquantenaire.

Cependant, l’autre terrain sur lequel les Maliens veulent voir le vieux lion rugir est le nord, Kidal. Une région minée par des ‘’margouillats’’ qui grondent au point de vouloir dissoudre le peuple, comme disait Brecht. Sans quoi, nous ne nous priverons pas de traiter le vieux lion de vieux bœuf, à l’heure du bilan.

Entre temps, ayons l’honnêteté intellectuelle de reconnaître que IBK est bien le train arrivé à l’heure.

Moustapha Diawara

08 Octobre 2013