Partager

Certains, parmi ceux qui confondaient jusqu’ici cette noble fonction de juge et leur propre business, ont été bien servis la semaine dernière par le ministre de la Justice avec quatre magistrats aux arrêts. Dès lors, on peut présager, dans les prochains jours, l’arrestation d’autres magistrats indélicats. Comme Ibrahim Boubacar Keïta le dit avec force dans son slogan fétiche : «Nul n’est et ne sera au dessus de la loi».

Il sait mieux que quiconque que «gouverner, c’est prévoir» ; prévenir contre l’exaspération, d’un peuple déjà désabusé par le comportement de ces mauvaises graines, est une priorité. IBK a très certainement à l’esprit, lors de son passage à la primature, le soulèvement des populations contre certains magistrats à Bougouni, Bafoulabé, Kita, Yanfolila, Dioïla, etc. Tous ces soulèvements n’avaient qu’un seul dénominateur : la mauvaise distribution de la justice.

Depuis la promulgation de cette fameuse loi, qui accorde une large indépendance aux magistrats, le peuple s’est trouvé pris en otage par cette corporation. Ce qui avait rendu impossible, en son temps, l’exercice de la fonction de juge dans presque toutes les localités du pays, surtout celles dotées «d’un juge à compétence étendue».
Désemparés, les juges ont alors demandé, à l’exécutif, une garde rapprochée et des armes. Tout ce qui a irrité à l’époque le président Alpha Oumar Konaré, qui leur fera savoir que : « la sécurité du juge réside dans le droit dit et bien dit ». Cependant, ils finiront par avoir satisfaction.

Arrivée au sommet de l’Etat, à son tour, IBK peut-il faire autrement ? Nul n’ignore que la mauvaise distribution de la justice au Mali est connue jusqu’au- delà de nos frontières. Durant toute la décennie «ATT», les investisseurs étrangers ont fuit le Mali comme la peste ; et un chat échaudé craignant l’eau froide, ils attendent toujours de voir un changement, sinon un début de solution. Ce premier coup de pied, dans cette fourmilière, ne peut être que salué, car IBK est trop attendu sur ce terrain par ses compatriotes, mais aussi par les partenaires au développement et les institutions financières.

La décennie «AOK» a adopté, pour les juges, une démarche intellectuelle, une «discrimination positive» en ce qui concerne le salaire et de nombreuses indemnités et de même pour l’âge de départ à la retraite, le tout afin de les «soustraire» de la corruption. Cependant, rien n’y fit. La décennie «ATT» les a consacré un large «laissez aller» à la limite d’une autonomie ; car il fallait faire les yeux doux aux magistrats, puisque les vrais délinquants ne se trouvaient plus dans les cités, mais au sommet de l’Etat parmi les élites.
Ainsi le citoyen, qui n’avait aucun recours, vivait dans un monde et les dirigeants dans un autre monde. C’est dans cette chienlit, que le Haut Conseil islamique haussera, à plusieurs reprises, le ton à l’endroit des décideurs par rapport à la mauvaise distribution de la justice ; malheureusement, il n’a jamais été écouté. La justice, dit-on, sème la paix, mais si elle-même s’avère une source de mauvaise gouvernance, il y a lieu d’assainir la corporation.

Aujourd’hui, la justice malienne est au centre des préoccupations des justiciables, car la corruption s’est installée confortablement. «Nul n’est et ne sera au dessus de la loi» ; le peuple malien attendra IBK sur ce terrain ; un peuple qui ne comprend toujours pas qu’à ce jour aucune voix ne s’élève quant à une demande d’extradition de ATT, celui par qui tous nos malheurs sont arrivés. Le règne de la démocratie, c’est surtout le règne du droit.

Amy SANOGO

L’Inter de Bamako du 16 Décembre 2013