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Hier soir, en réponse à la jeunesse qui le pressait de mener le processus de transition, à bout quoiqu’il en coûte, Moussa Dadis Camara était à la fois grave et détendu, confiant et dubitatif, serein et agacé. Il y avait de quoi.

Après l’historique manifestation de soutien qui lui a été réservée sur 15 kilomètres avant d’arriver dans un stade plein comme un œuf, l’exercice que Dadis s’est imposé était d’autant moins aisé, que face à l’exhortation de la jeunesse, il y avait la piqure de rappel de la classe politique. Celle-ci, manifestement, s’impatiente et nourrit des doutes sur la sincérité du Capitaine.

Lequel promet des élections crédibles après une période de transition dont la duré initiale a été trouvée longue par la classe politique et par une partie de la communauté internationale et peut-être courte ou juste assez pour les fans de l’homme fort de Conakry qui se comptent, sans doute, par millions en Guinée comme dans le reste de l’Afrique.

L’homme est une bête de scène pour utiliser l’expression qui sied dans ce que tout le monde appelle affectueusement le « Dadis show ». Il a su inventer une forme de démocratie directe qui l’honore et tire la Guinée vers le haut après cinquante ans de descente aux enfers. Il est évident que s’il écoutait la Guinée profonde, il ne partirait pas.

Son discours du dimanche soir, a en tout cas, démontré plus que les coups d’état et le désespoir des rues africaines face à la mauvaise gouvernance de leurs leaders que la charte de l’Union africaine ne peut pas rester en l’état, car très généralement, elle appelle le « médecin sanction » après la mort de la démocratie.

Il en est de même pour la communauté internationale qui avalise toutes les dérives et dont l’attitude mène à ce paradoxe : Conté avait droit à toute cette aide consentie, après tout, par le contribuable occidental, malgré une gouvernance calamiteuse et son successeur, mais la Guinée, sans le retour à l’ordre constitutionnel normal (entendez élections généralement truquées suivies de répressions féroces contre l’opposition) n’aura droit au moindre kopeck.

La junte de Conakry ne pourra peut-être rien à cet ordre des choses, car il est vrai que les coups d’Etats ne peuvent pas être le moyen de parvenir au pouvoir.

Il reste que Dadis, a plus que bien des chefs d’Etats régulièrement élus, démontré tout l’amour qu’il a pour son pays, posé les actes qu’il faut pour une gouvernance plus sérieuse des ressources publiques, ausculté en profondeur le mal-être de ses compatriotes, et exprimé le repentir de toute la nation vis-à-vis des tragédies qu’elle a connues.

Il est un leader perfectible, certes, mais à ce stade, qu’il parte ou qu’il reste, il est entré dans l’histoire et il restera le président de cœur de nombreux guinéens et africains. A cet égard, il a besoin d’accompagnement et de bienveillance de la part de tous, y compris de la communauté internationale.


Adam Thiam

31 Mars 2009