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Le gouvernement autorise l’exportation de riz. En soi, ce ne peut-être un scoop puisque nous ne sommes pas régis par le Gosplan mais par le marché. Mais, l’intérêt de la mesure prise en conseil de ministre est certain. Parce qu’elle communique, de manière audible, d’abord par ses silences et ensuite par les mobiles du silence.


Pour les silences :
on ne dit pas si les 40 000 tonnes dont l’importation vient d’être autorisée représentent le différentiel de l’année entre les quantités récoltées et le besoin national. Ou s’il s’agit de la première d’une série d’importations qui continueront sur l’année.

Or la clarté, sur ce point, est attendue en raison de la controverse houleuse sur les statistiques officielles de production de riz. Lesquelles, pour être hautement improbables dans les quantités annoncées, restent, toute analyse faite, réconfortantes et indicatives de la direction à prendre pour le futur.

Pour peu que l’on écoute le Système d’alerte précoce dont l’autorité en la matière est reconnue et qui est formel : la campagne en cours est nettement supérieure à la moyenne des cinq dernières années. D’ailleurs tout est dit, si nous n’aurons qu’à importer moins de 5% du besoin national de consommation de riz estimé à 900 000 tonnes.

Mais, on ne dit pas si c’est cela le différentiel sur l’année et le silence a tout l’air du flou artistique. Autre zone d’ombre, le gouvernement ne dit pas si les importations de riz seront exonérées, cette année comme elles l’ont été l’année précédente.

Ces différents silences qui ne peuvent relever de l’oubli jurent avec la communication pourtant relativement transparente qui a accompagné l’initiative riz cachent mal leurs mobiles pour tant. Car, si les 40 000 tonnes reflètent seulement un besoin partiel, c’est qu’on devra se préparer à importer bien plus de riz dans l’année.

Et cela change tout puisqu’il révèle l’échec, à notre avis très improbable, de l’initiative riz. Mais rien est impossible, auquel cas nous sommes en face d’un grave précédent. Car, on ne s’amuse pas impunément avec le ventre d’une nation.

Mais l’excellente enquête de notre confrère Alassane Diarra du quotidien l’Indépendant lève bien des lièvres. Elle révèle notamment les profits engrangés par des importateurs officiels de riz, l’année dernière, alors que l’Etat avait consenti d’énormes efforts d’exonération. Et ces marges relèvent de l’indécence.

Elles enlèvent, surtout, toute crédibilité au langage de compassion tenu par les pouvoirs publics sur ses efforts vis-à-vis du consommateur dans le contexte actuel de renchérissement de la vie. Et ça, c’est scandaleux.

Adam Thiam

25 Février 2009