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Le Mali est dans une phase transitoire, ce qui devrait dicter la formation d’un gouvernement restreint de technocrates pour remettre le pays se doté d’Institutions démocratiques. Il ne serait pas souhaitable dans cette exception de faire appel à une classe politique en rupture avec son peuple. Un peuple décidé à en finir avec l’ancienne et vieille classe politique (les partis se réclamant du FDR) qui a aidé ATT à piller le patrimoine national et enterrer le multipartisme. Les Maliens ne veulent plus de cette classe politique, qui, au lieu de faire son mea-culpa, affiche une arrogance inacceptable.

La démocratie malienne a donné naissance à des crapules politiques qui se dévorent pour des postes strapontins dans l’administration publique. Du coup, notre démocratie a été transformée en voyoucratie par une élite de cadres de notre administration.

L’administration, elle-même a été transformée en busines- center. Les cents cinquante sept (157) partis politiques, existant sur l’échiquier politique, représentent en réalité 157 hommes c’est-à-dire un Président fondateur de parti (PFP regroupant sa famille et ses alliés).
La durée et l’implantation de ce parti politique dépendent de la générosité de son président fondateur.

La bonne marche et même la survie des formations politiques résultent de leur entrée dans le gouvernement. Tout parti politique qui détient trois ou quatre portefeuilles ministériels aura des mécènes pour financer ses activités. D’où cette bataille âpre que se livre en ce moment le Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et la République (FDR) pour la formation d’un gouvernement d’union nationale.

Depuis l’annonce d’un éventuel élargissement du gouvernement faite par le Premier ministre sur les ondes, les hommes politiques se sont mis en branle. De nouveaux mouvements et associations politiques ont vu le jour, la transhumance politique a repris de plus belle son chemin. On a assisté la semaine dernière à la création d’une fédération de la société civile. Tout cela pour quelle fin ?

Le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, qui devrait donner le bon exemple, vient d’offrir un nouveau siège à son parti RDPM. Au moment où une crise de confiance s’accentue entre le politique et le citoyen lambda. Un tel agissement de l’actuel locataire de la primature peut bien ouvrir la voie à des dérapages, car le moment n’est pas du tout propice pour lui de se livrer à des activités politiques.

Certains ministres du gouvernement CMD ont des colorations politiques et ne s’en cachent pas. Elargir le gouvernement aux partis politiques, c’est trahir le peuple pour faire allégeance à une minorité qui ne représente que 20% de l’électorat malien. Mais c’est aussi ouvrir la voie à des mouvements de contestations et de protestations qui peuvent donner du fil à retordre à la transition. Cheick Modibo Diarra doit tout faire pour gagner ce pari de rentrer dans l’histoire à la fin de cette transition politique à l’instar de ses aïeuls, ces grands rois Diarra, qui ont dirigé avec courage et rigueur l’empire bambara de Ségou.

Enfin le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, doit avoir à chaque instant à l’esprit le message fort de son adresse à la nation : «A la fin de la transition, nous remettrons le bâton à une nouvelle génération de maliens». C’est ça l’os de la parole.

Amy SANOGO

L’Inter de Bamako du 18 Juillet 2012